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Santiago de Cuba - Juillet

Mise en ligne de la première édition : le 10/11/2017. Deuxième édition augmentée le 09/06/2020. Dernière modification 07/08/2021.

La page avec tous les textes du site (dont d'autres textes de Daniel Chatelain & Daniel Mirabeau)

- Documentation ritmacuba.com -

LES CHANTS DE TUMBA FRANCESA

Les différentes facettes sensibles
d'une tradition communautaire cubaine

Article de Daniel Chatelain et Daniel Mirabeau

Traduction des chants et collectage : Daniel Mirabeau

© Daniel Mirabeau & Daniel Chatelain / ritmacuba.com


TF Bejuco 2013
Tambourinaires, chanteuses et chanteurs, société de tumba francesa de Bejuco 2013 © Aracelys Aviles Suarez

TABLE DES MATIÈRES


1. La tumba francesa, une tradition musicale cubaine

2. Les Français en provenance de Saint Domingue

3. Le patois, la langue des Français de Cuba

4. Chants des sociétés de tumba francesa
            4.1 Chants à caractère historique
            4.2 La vie dans la société de tumba francesa
                       4.2.1 Fête et activités
                       4.2.2 Piques et compétitions entre les chanteurs
                       4.2.3 Hommages aux défunts

            4.3 Situations dramatiques et peinture sociale
            4.4 L'homme face à la force de la Nature
            4.5 Chants à connotation religieuse

            4.6 Sur Haiti et les Haïtiens
            4.7 Chansons politiques post-révolution socialiste


Annexe : Sur les composés des différentes sociétés de tumba francesa


5. Bibliographie sélective
6. Discographie sélective
7. Documentaires
8. Vidéos
9. Remerciements
10. Liste alphabétique des chants

 Au lecteur :

- vous trouverez avantage à utiliser les  245 appels de note en lien hypertexte, lesquelles contiennent une bonne partie des informations factuelles sur les termes spécialisés et le noms propres.

- les liens musicaux en mp3 s'ouvrent sur une nouvelle fenêtre ou onglet et vous permettent de continuer la lecture en la confrontant à l'écoute.


Plaque UNESCO, tumba francesa de Santiago de Cuba
Plaque de l'UNESCO, tumba francesa La Caridad de Santiago de Cuba.

1. LA TUMBA FRANCESA, UNE TRADITION MUSICALE CUBAINE

Avant le processus de l'inscription au patrimoine immatériel de l'humanité de la tradition de la tumba francesa, abouti en 2008[1], un tout petit nombre d'études détaillées spécifiques, ethnographique ou musicologiques; sur la musique de la tumba francesa avaient été réalisées :

-       En espagnol : 

      Peu avant la Révolution cubaine, Elisa Tamames soutient sa thèse Folklór cubano: la poesia en la tumba francesa, dont le texte restera peu utilisé dans la documentation cubaine, à part deux chapîtres publiés au début des années '60 dans la revue Actas del Folkore. Cette thèse fait suite à un travail de terrain auprès de membres de la société de tumba francesa La Pompadour à Guantanamo. Elle s'intéresse plus particulièrement aux chansons et nous en livre vingt-cinq. Les traductions qu'elle propose du créole vers le castillan éclairent sur le sens général des chansons, mais ne résistent pas à une étude détaillée du texte. Cela nous amène à penser qu'elle privilégie les explications générales que lui ont donnés les chanteurs, plutôt qu'une traduction linéaire des textes. Deux arguments nous ont décidés à insérer dans cet article tout les chants collectés par Tamamés. Le premier est la confidentialité de l'ouvrage: il existe un seul exemplaire du texte intégral intégral de sa thèse, disponible à la Bibliotèque Nationale de La Havane. La deuxième raison est de soumettre ici notre propre tentative de traduction, qui vient compléter le travail de Tamamés.

Il faudra attendre ensuite plus de vingt ans avant qu'un autre musicologue publie sur la tumba francesa. En 1977, Olavo Alén sort un article s'appuyant sur un travail de terrain dirigé par León Argeliers. En 1986, suite à un travail universitaire à Berlin, Alén publie l'un des  fleurons des  études musicologiques cubaines : La música de las sociedades de tumba francesa en Cuba (prix de musicologie de la Casa de las Americas).

A partir de l'inscription par l'UNESCO des sociétés de tumba francesa au patrimoine mondial culturel immatériel, vont paraitrent de nouvelles publications:
Un CDRom très complet est édité en 2002 sur les tumba francesas suite au travail de toute une équipe de chercheurs sous la direction de Maria Teresa Linares.
Quasiment au même moment, Laura Cruz publie différents articles suite à des terrains menés à Santiago, Guantanamo et Bejuco.

Enfin, en 2013 et 2015 Manuel Coca Izaguirre et son épouse Greysi Perez Martinez vont également être à l'origine de deux publications importantes. L'une est une biographie de la vie de Leonor Terry, reine de tumba francesa, l'autre une thèse universitaire sur les chants de tumba francesa, sujet qui nous intéressera directement tout au long de cet article. Il y a eu eu d'autres publications depuis, hormis un article sur les tumbas francesa de Santiago de Cuba paru dans la revue Del Caribe en 2017.


Tambours de mason

Percussionnistes de La Pompadour. Au centre, Angel Videau Terry "Cucú" au bula. 1976 © Wilfredo Barbán.


-       En français l'article de 24 p. de Daniel Chatelain publié dans deux livraisons de la revue Percussions en 1996, nourri entre autres des deux premières publications cubaines et d'étude de terrain faîtes à partir de 1993.

Sont à ajouter à ces écrits, ces films documentaires : (des liens pour y accéder sont disponibles à la fin de cet article)

- La tumba francesa, Orlando Jimenez Leal et Nestor Almendros, 1961, 9 mn. Une captation récemment restaurée d'une suite jouée et dansée par La Caridad de Oriente (Santiago de Cuba). Pas de commentaires, hormis un carton d'introduction par Odilio Urfé.

- Tumba francesa, Sergio Villafuerte, 1979, 18 mn. Le premier film scénarisé avec commentaires en voix "off". Rencontre des sociétés La Pompadour et La Caridad de Oriente . Nous reconnaissons entre autres à l'image: Pablo Valier (célèbre chanteur soliste) et Emeregildo Videau Cucú (au tambour) pour la partie Guantanamo. Présente également la famille Venet sur trois générations (Tecla, Yoya, Andrea) pour Santiago.

- De la plantation de café à la tumba francesa, Jean François Chalut, 2013, 39 mn. Le réalisateur canadien réunit ici les trois sociétés en activité; de nombreuses entrevues et commentaires avec des spécialistes de la culture française à Cuba.

- La voz de los sin voz, Sergio Guzetti & Leandro Maldonado, 2013, 41 mn. L'équipe de réalisation argentino-cubaine a ici centré son travail sur la société de Bejuco. De nombreux commentaires dont ceux du musicologue Olavo Alén, ainsi qu'un aperçu rafraîchissant de la vie dans les montagnes à l'orée de Sagua de Tanamo.

- Antes, ahora y después, fragmento de la vida de Andrea Quiala Venet, Olaf Gesler, 2016, 140 mn. Entrevues avec Andrea Quiala, présidente de la société La Caridad, ainsi que de nombreux extrait de spectacles filmés.


Vida de Andrea Quiala Venet

Double nature de la tumba francesa?

Un trait saillant des tumbas francesas est leur apparente double nature :

-       le point d'origine des plantations de café créés à Cuba par les réfugiés de Saint-Domingue, créées par les planteurs de la colonie française pré-révolutionnaire réfugiés, eux-mêmes souvent métissés et de ses compagnons d'exil esclavisés, sinon Noirs et Métis affranchis, avec la transportation de leur créole. (cf chapître 2)

-       Le résultat du processus historique qui en fait une tradition purement cubaine, utilisant ce créole connu pendant un siècle et demi par ses locuteurs sous le nom de patuá ou patois, transformé à Cuba par de nouvelles injections de Français et la contamination de l'espagnol ambiant. (cf chapître 3)

Un exemple significatif de cette nature duale est dans les instruments utilisés (uniquement percussifs). Les membranophones, les tumbas ont des traits qui les rapproche des tambours haïtiens du vodou (tension par des chevilles, vocabulaire utilisé etc), mais n'ont absolument pas leurs proportions. De sorte qu'un maître-tambour haïtien ne les reconnaît pas comme siens.[2] Ce sont les plus grands tambours de Cuba, non confondables avec d'autres tambours afro-cubains. Pour employer le vocabulaire et concept de Fernando Ortiz, père des études afro-cubaines, ils ont connu à Cuba un processus de transculturation, dont un agrandissement de la taille, qui les rend uniques.


instrumentarium
Instruments et instrumentistes de la tumba francesa La Caridad 2014 © Daniel Chatelain


Pour la description et nomenclature des instruments, qui sont d'ailleurs partie prenante du vocabulaire utilisés dans les chants, nous renvoyons à D. Chatelain 1996 / 2010 et D. Mirabeau 2013 / 2016 [3] Un exemple de chant citant les instruments est Se mue de Pelayo Terry (cf infra). Pour la description des danses et fêtes de tumba, nous renvoyons aussi à ces deux articles.


A ce stade, observons que la littérature et la presse ont simplifié une autre double nature apparente de la tumba francesa : des danses de Cour européennes (voire « de Versailles » dans une version journalistique) accompagnées par des tambours africains. Pour les tambours nous venons d'évoquer ce qu'il en est, pour les danses, un examen plus attentif permet d'en discerner aussi des composantes africaines, pour les chants -oubliés dans cette simplification- ils rendent compte de leur caractère général métissé avec l'usage conjoint d'un créole spécifique à la terre cubaine et de l'espagnol.


Apparente nature duale encore : vue de Cuba, la tumba francesa -provenant de personnes appelées « frances » depuis le début du XIXe siècle, qu'ils soient  Blancs, Noirs ou Métis- est généralement présentée comme « franco-haïtienne », mais cette tradition créée par des travailleurs Noirs des plantations, esclaves en majorité, libres quelquefois avant l'abolition, est incontestablement « afro-cubaine »,


habitation de St Domingue XVIIIe s.
Habitation de Saint-Domingue (18e siècle).

Dualité d'une rurale et urbaine de la tumba francesa également. Les réfugiés de Saint-Domingue fuyant les massacres de la future Haïti bouleversent la physionomie culturelle de Santiago de Cuba autour de 1800, Mais créent les plantations de café dès les dernières années du XVIIIe siècle (cf infra). Il sont à l'origine d'un nouveau rapport ville-campagne, où les planteurs, naturalisés espagnols ou non, ont leur maison de ville, envoient leur descendance étudier en France, bientôt imités par des bourgeois de la ville, les même qui vont passer des fins de semaine dans ces plantations-jardins reposant sur la main d'oeuvre esclave. Les danses des esclaves se référant à celles de leur maîtres se créent sur les étendues planes des séchoirs extérieurs de café (cf infra) où dans de grandes salles à triller la récolte.
Le terme de tumba francesa n'existe pas encore à l'époque, mais les esclaves des plantations et ceux des logements citadins aiment à danser français.

La plus ancienne trace écrite sur « les tumbas de Saint Domingue » à Cuba est un arrêté de 1803 du gouverneur de la région orientale, Sebastian Kindelán. Nous sommes dans les premières années de l'immigration française, qui se fait rapidement massive ; les autorités s'en trouveront vite dépassées. L'article 8 de cet arrêté permet aux Noirs de Saint-Domingue de se réunir pour danser uniquement les jours de fête et jusqu'à huit heure du soir. Il interdit au public blanc d'assister aux festivités des gens de couleur. Il nous faut parler ici des cabildos de nación. Ces regroupements avaient un rôle d'entraîde mutuelle et de pratique culturelle. Seuls les Noirs libres originaire d'Afrique (bossales) et de même ethnie étaient autorisés à participer aux activités des cabildos. L'arrivée à Cuba des esclaves créoles de Saint Domingue va perturber et modifier ces pratiques. En 1803, même si  les créoles n'étaient pas autorisés à créer des cabildos, ils trouveront le moyen de s'insérer au sein de ceux existant. L'équilibre de ce que autorisé ou non par le gouverneur auprès des responsables des cabildos était fragile. Les luttes de pouvoir entre les responsables de chaques communautés allaient bon train. Toujours est-il que les « Français » se feront inviter au sein des cabildos de Santiago et à y montrer leurs traditions. Ce sera le cas au sein du Tiberé, un cabildo congo.

 Un document de 1866  nous prouve les tensions inter-ethniques dans le Santiago de l'époque. Le roi du cabildo congo brucamo (désignant une provenance ethnique des Calabars) incite les autorités à interdire l'accès de l'église au cabildo Tiberé, car il est fréquenté par des créoles. Cependant, le gouverneur a autorisé dès 1817 le premier cabildo de nación francesa, le Tivolí, puis à son tour en 1837 celui du Cocoyé.
[4] Vers 1870 nait le cabildo congo Papiante où vers 1900, des témoignages attestent de danses de tumba francesa.



 

Tumba francesa à La Havane
Tumba francesa de Santiago à La Havane, reçue chez Amalia Bacardi (fille d'Emilio Bacardi Moreau). Debout, 2e à gauche, une
mayora de plaza avec son bâton de commandement enrubanné. Non daté, avant 1959. Collection Lydia Cabrera (Cliquer pour agrandir).


Quand les cabildos seront remplacés par des associations d'entr'aide après l'abolition et le temps venu de l'indépendance de Cuba, les sociétés de tumba francesa ont une autre relation à la société globale que les autres associations de Noirs. Est significatif que Don Facundo Bacardi Moreau, le premier maire de Santiago dans la République après une participation émérite à la lutte indépendantiste, réprouve les manifestations culturelles noires d'un temps selon lui révolu, réprime les défilés du cabildo carabali ou de la tahona (venu des mêmes populations que la tumba francesa !) et honore la tumba francesa en venant y danser sa danse la plus européenne, le mason.


Les guerres d'indépendance se soldent par l'incendie des habitations de la part des deux camps, le départ (préventif ou non) d'une partie des maîtres d'origine française, la ruine des caféières et la libération des esclaves qui y étaient attachés. Beaucoup d'anciens esclaves des français se sont enrôlés  dans les troupes indépendantistes. Leur désir d'émancipation passait aussi par l'affranchissement du potentat espagnol. Des témoignages recueillis dans la zone orientale en 1972 auprès de vétérans centenaires attestent que l'on jouait et dansait français à l'arrière des combats. Certains mambi se regrouperont au sortir de la guerre en sociétés de secours mutuel, mais aussi pour danser et jouer (c'est le cas à Guantanamo pour la société San Juan Nepomuceno qui disparaîtra au XXe s., l'âge de ses membres aidant). Les nouveaux libres issus de ces plantations « de français » se regroupent dans les villes et s'associent dans les tumbas francesas et tahonas urbaines.


Les trois tumbas francesas survivantes au XXIe siècle sont deux sociétés urbaines, une à Santiago et l'autre à Guantanamo et une autre rurale isolée, à Bejuco dans l'actuelle province d'Holguín, qui ne s'est jamais constituée en société dont l'existence est passée pratiquement inaperçue tout le long du XXe siècle malgré une relation intermittente avec la petite ville la plus proche (à une quinzaine de traversée de gués de rivière).


Si on se réfère à la thèse d'Elisa Tamamés, qui tente de recenser les sociétés et groupement qui se réunissaient dans des fêtes de tumbas francesa, sont cités 47 foyers de cette activités : 24 à Santiago de Cuba et autour (dont les municipios actuels El Caney, Songo La Maya, Dos Palmas, El Cobre, San Luis, El Cauto etc), 17 à Guantanamo et autour (5 dans la ville de Guantanamo, 7 à Yateras, 2 à Jamaica, une dans le central San Antonio, une à La Sidra, une à Sempré), avec même un groupement dans la province de La Villas et un autre à La Havane
[5] mais aussi à Pinar del Rio. Pour s'en tenir à la capitale de l'ancienne province d'Oriente, Santiago avait la société El Cocoyé, La Caridad (les deux dans le quartier de Los Hoyos),  le Tivoli, Los Papiantes, Le Tiveré. La Caridad est -elle même issue d'une scission avec Lafayette, la "maison-mère" disparaissant rapidement. La liste de E. Tamamés n'est en fait pas exhaustive puisque d'autres sources citent par exemple les centrales sucrières La Esperanza ou Cecilia (actuelle province de Guantanamo).

carte des implantations

Implantation géographique des sociétés contemporaines de tumba francesa (cercles rouges), Atlas ethnographique de Cuba.


 
En 2015, suite à une enquête avec les habitants du central sucrier Cecilia (proche de Guantanamo), nous découvrons qu'une pratique de la tumba francesa jusqu'à la Révolution n'était pas limitative aux seules sociétés. A Cecilia, la salle de bal consacrait ses soirées soit au changüi, soit à la tumba francesa, soit au carabali. Avant la chute de la caficulture française dans la région et la naissance de sociétés créoles registrées et officielles (on ne parlait pas encore de tumba francesa), les danses de tumba francesa animaient les fêtes populaires. Le cas de Cecilia où cette pratique a perduré de la République jusqu'à la Révolution n'est pas le seul que nous ayons identifié. Plusieurs témoins nous racontent les fêtes de tumba francesa similaires où ils se rendaient jusqu'aux années '60 (lire le témoignage d'Emilio Castillo Guzman dans son interview.

Notre cancionero est basé sur ce que les trois tumbas francesa survivantes ont créé ou conservées. Même si une partie des chants a circulé d'une société à une autre, y compris à travers des déplacements de ses composés[6], il est clair que des centaines de ces chants ont disparu à jamais avec les sociétés, ces disparitions s'accompagnant souvent de la destruction des murs qui les avaient abrités et de leurs traces écrites. Pour prendre comme exemple le cas de l'importante société d'El Cocoyé, nous savons qu'à travers abandon et destructions successives de local, les cahiers où les composés les consignaient ont été détruits. Nous reviendrons sur le fait que seule une partie de ces chants a été écrite, d'autant plus quand elles concernaient les joutes verbales.

Les chants usuels des trois tumbas actuelles sont connus les unes des autres, des rencontres régulières entre elles ayant été favorisées par la Casa del Caribe de Santiago de Cuba. Ainsi l'ancienne reine de la tumba de La Caridad "Yoya" exprimait en interview sa reconnaissance de la reprise par les autres tumbas de ses compositions.

la route du café
La route du Café, DR (photo publicitaire)

 

2. LES FRANÇAIS EN PROVENANCE DE SAINT-DOMINGUE


Cuba, l'île la plus étendue des Caraïbes a toujours été, par sa position géographique, un passage stratégique pour tout commerce maritime. Cette porte d'entrée des Amériques a souvent été convoitée par les grands Etats européens. La France et l'Angleterre s'y sont opposées aux Espagnols
[7], qui occupent l'île depuis le XVIe siècle et jusqu'à son indépendance. Cette alternance de  conflits et relations commerciales donneront lieu à des mouvements migratoires vers Cuba, dont la population reste malgré tout peu dense au XVIIIe s., en particulier dans sa zone orientale[8]. La population d'origine française qui s'installera avant 1789  dans la région, est formée d'ingénieurs, de négociants ou de planteurs. Ces derniers trouvent alors une terre agricole encore peu exploitée, à des prix beaucoup plus bas que ceux pratiqués dans les Antilles françaises. A cette époque, l'agriculture et l'élevage bovin sont les principales ressources de l'île. En effet, il y aura peu d'exploitations minières hormis celles de cuivre[9]. Cuba n'est pas une terre riche en métaux précieux et ne répondra pas en cela à sa quête frénétique par l'empire espagnol.

Cette présence française à Cuba reste sporadique et peu significative jusqu'aux troubles à la fin du XVIIIe s. sur l'île de Saint-Domingue. Avec les luttes révolutionnaires et  l'indépendance du jeune Etat d'Haïti s'amorce la débâcle de l'oligarchie créole de l'île. Dans cet exil que la plupart pense momentané sont privilégiées des destinations proches où les conditions économiques et politiques sont les plus accueillantes. Beaucoup partiront au plus près, c'est à dire dans le Sud de Cuba. Nous trouvons également un exil significatif en direction du Venezuela, Trinidad et Tobago, Puerto Rico, en Jamaïque, ainsi qu'en Louisiane et Floride
[10]. Peu rentreront en France, la traversée est aussi coûteuse que risquée. Par ailleurs, beaucoup ont plus le sentiment d'appartenir à cette zone caribéenne qu'à la métropole.
 
La plupart des familles blanches ou métissées qui débarquent dans la baie de Santiago, ou à Baracoa (actuelle Province de Guantanamo) sont désargentées. Elles ont quitté Saint-Domingue à la hâte en abandonnant leurs biens, sauf quelques titres de propriétés et créances, accompagnées par une partie de leur gens de maison et ouvriers, qu'ils soient hommes libres ou esclaves. Parmi eux quelques bossals[11], mais surtout des Noirs créoles, des mulâtres et des quarterons[12].


bateau négrier
Châtiment d'esclaves sur le pont d'un bateau négrier, gravure du XIXe s., Cuba, auteur inconnu

Concernant le regard sur les Noirs venant de Saint-Domingue et les mesures des autorités cubaines prises envers eux, cela diffère en fonction de l'ethnicité et du statut marchand de ces derniers. En effet, les bossals, Noirs fraîchement débarqués d'Afrique sont considérés dociles[13], tandis que Noirs créoles et mulâtres sont présumés indolents et déjà pervertis par les idées révolutionnaires, qu'elles soient celles de la jeune république d'Haïti ou de la Révolution française. Pour les créoles, la descente de bateau en baie de Santiago débute souvent par un séjour à la forteresse del Morro qu'ils soient esclaves ou non, avant la mise en oeuvre de leur expulsion. Cependant, malgré la volonté des autorités de contenir la vague migratoire de cette population par des mesures coercitives, ils ne parviennent bientôt plus à en contrôler l'entrée. Sont recensés officiellement en 1808 à Santiago 2457 esclaves Noirs et mulâtres, représentant 33% des Français à Santiago[14]. De plus, dès ce moment cette population ne concernait plus s ville de Santiago et les hauteurs proches mais avaient essaimées, en particulier à l'Est, autour de Saltadero (future Guantanamo). 

Au début du XIXe siècle, le développement intensif de l'agriculture, en particulier celle du café chez les planteurs français nécessite une forte main d'oeuvre au meilleur coût[15]. Des créoles libres de Saint Domingue sont alors attirés par ces opportunités d'embauches. Certains préféreront suivre leurs anciens maîtres dans leur exil et s'embarquent avec eux pour Cuba. Ce sont ces créoles qui créeront les premières sociétés d'entraide et de secours mutuel pour les « Français ». De ces sociétés, la première recensée remonterait à 1796[16] à Santiago.


La Isabelica
Cafetal La Isabelica © M. Relloso.

Les membres déclarés de ces sociétés sont tous des hommes libres, ou dont la communauté a acheté la liberté[17]. La présence d'esclaves créoles y est très mal tolérée, les autorités craignant une contagion d'idées avancées issue de leurs fréquentations. L'arrivée des créoles de Saint-Domingue jusqu'en 1809[18] contribuera aux mouvements d'émancipation des Noirs et au marronnage, en particulier dans la zone orientale de Cuba. Nous verrons ultérieurement que bon nombre de chansons de tumba francesa ont pour thème le marronnage, la sédition des esclaves, l'amélioration des conditions de vie des Noirs.

Malgré l'ordonnance royale de 1809, des Français resteront sur l'île. En effet, le gouverneur de Santiago était plutôt enclin à la naturalisation de ces derniers, en particulier pour les riches familles françaises implantées dans l'économie locale[19].Certaines n'ayant pas adoptées la nationalité espagnole resteront tout de même sur place, le cabildo[20] n'avait pas les moyens humains de faire intervenir la troupe dans les zones reculées de la Sierra Maestra où se trouvaient certaines plantations françaises.

L'aristocratie espagnole de Santiago restera friande de l'aura de raffinement dont est nimbée la culture française de l'époque, s'entourant de précepteurs de France pour l'éducation de sa progéniture, de toilettes de Paris pour ces dames, elle sort dans les cafés-concerts tenus par des français. Les Blancs vont parfois s'encanailler en assistant aux « danses nègres »[21]. Nous verrons par la suite que les différences musicales et chorégraphiques sont parfois minces entre les contredanses françaises et ce que développent les Noirs créoles des sociétés de tumba francesa. 


rue commerçante de Santiago de Cuba, 19e siècle
Rue de Santiago de Cuba, 1846. Panneau en français (et anglais) en haut à gauche.

Par ailleurs, une autre partie de l'aristocratie espagnole tolère mal l'arrivée massive des Français ou y est franchement opposée. L'évêque de Santiago, Joaquin Osés de Alzúa y Cooparacio est de ceux-ci, il sera même à l'origine de cabales et troubles anti-français[22]. Ils leur reproche leur manque de religiosité (certains sont des huguenots, ou libres penseurs) et est fermement opposé à l'esclavage.

Tout au long du XIXe s. et jusqu'à l'abolition, les planteurs français intensifieront la traite négrière sur la zone orientale de Cuba, le développement des cultures sucrières et du café nécessitant toujours plus de main d'oeuvre. Nous voyons dans cette communauté française de Cuba des différences idéologiques et politiques assez marquées avec les métropolitains. Ils sont souvent nostalgiques de la royauté et peu en phase avec les idées abolitionnistes. Ceux abandonnant le statut de réfugié provisoire pour véritablement s'installer à Cuba défendront alors bec et ongle leur patrimoine et statut social, échaudés par le goût amer de la débâcle haïtienne. Des contradictions idéologiques y ont cependant cour, affaiblies au départ par l'intérêt économique. Les premiers Français installés pouvaient chanter à la suite dans leurs réjouissances du café-concert du Tivolí l'hymne de Saint-Louis et la Marseillaise ! Ainsi, en dépit de l'intérêt immédiat des propriétaires d'esclaves, les débats d'idées amènent des membres de la communauté  à favoriser le développement de la franc-maçonnerie, déjà très présente à Saint-Domingue, favorisant par la suite les idées indépendantistes qui germeront en son sein.


Calle Padre Pico
Escaliers de la rue Padre Pico, Santiago De Cuba © Mattand Birgitt.

Parmi le multiples influences culturelles françaises dans l'Est de Cuba, il en est une qui concerne directement notre sujet et que nous révèle le voyageur Hippolyte Piron. Il s'agit d'une pratique chorégraphique liée historiquement aux tahonas rurales et actuellement pratiquée dans le salon de la tumba La Caridad de Santiago : le tressé-ruban. La citation suivante n'est pour autant pas reprise dans l'historiographie et c'est pourquoi nous en faisons cas pour terminer ce chapître : "Il y a une trentaine d'années, l'aristocratie et la finance (la fine fleur de la Ville), se déguisaient et s'amusaient avec un excessif entrain. Elles oubliaient tout pour se livrer entièrement au plaisir. Les vives couleurs du satin brillant des costumes plaisaient aux femmes; leur coquetterie y trouvait son compte; elles mettaient un soin passioné à bien se parer. Que de coeurs elles transperçaient ces jours de fête, où elles déployaient toute leur grâce.(...) On allait dans les meilleures maisons; on plaçait au centre de la plus grande pièce la haute perche peinte et dorée qui portait, attachés à la pointe, de nombreux rubans étroits, pendant jusqu'à terre. Chaque masque prenait un bout de ces rubans et dansait en le tressant autour de la perche. Ce divertissement un peu puéril est étrange et pittoresque; il a sa couleur locale, son charme particulier. Mais depuis quelques années, ces plaisirs étaient abandonnés au monde intermédaire et au peuple. A l'époque dont je parle, c'était encore les masques les plus distingués qui se réunissaient par comparsas et tressaient les rubans." (H. Piron, 1876 pp. 197-198).

Ce témoignage des années 1830 confirme le tressé-ruban ou cinta comme danse française passée par Saint-Domingue dans l'histoire de cette partie de Cuba. Cette tradition était sortie des salons pour être pratiquée dans les tahonas et à leur tour des immigrés haïtiens du XXe siècle la pratiquèrent dans leurs regroupements communautaires ruraux. Grâce à la tumba La Caridad, elle a réintégré le salon de danse dans la deuxième moitié du siècle dernier (cf. le chant "Ven mi morena", partie 4.2.1) et les troupes de folklore afro-cubains professionnelles ou amateur en ont fait à leur tour un moment-phare de leurs spectacles.


Danse de la cinta
Danse du tressé-ruban. Société La Caridad, Santiago de Cuba © B. Secchi.

Dans les plantations, d'autres éléments de la culture des maîtres étaient transmis par l'intermédiaire du créole, à l'occasion écrits sur un cahier par le maître lettré épris de culture classique : contes, fables d'Esope, de Virgile ou de la Fontaine et passaient dans la tradition orale, en particulier les contes (pour autant aucun chant de tumba francesa parvenu jusqu'à nous ne paraît relié à la culture classique ni ne dérive d'une ritournelle française)... En atteste un manuscrit inédit en notre possession (cf http://www.ritmacuba.com/Banza%20creole.html) reproduisant des vers des frères Prudent et Hyppolite Daudinot, installés au milieu du 19e siècle dans la zone connue sous différents noms : Monte Rus (dérivé de "Mont Rouge"), Taurus, Monte Toro (actuelle Province de Guantanamo). Manuscrit qui nous cite des danses, des rythmes et instruments d'esclaves des "Noirs français" : en vrac, baboul, bamboula, calenda, cha cha ou mazone...

La multiplication des plantations des Français (passés ou non par Saint-Domingue ou la Louisiane) dans des zones comme Monte Rus ou Yateras Arriba, en sursaut contre l'épuisement de terres produisant le café autour de Santiago, favorise le développement de la ville de Guantánamo. Naturellement, la pratique diffuse de rythmes et danses de tumba dans les plantations descend bientôt dans ce nouveau centre pour les caféières de procédé hydraulique, produisant un café de haute qualité, les cotonneries et les plantations sucrières
(de plus grands nombre d'esclaves), au début elles aussi souvent propriétés de français (les cotonneries disparaîtront assez vite en particulier au profit du sucre, plus profitable) : la première mention qui est faîte de tumba francesa dans les chroniques de la ville de Guantánamo est en 1858, pour les festivités en l'honneur de la naissance de Alfonso XII, calle Manjón, mais leur présence précède ce repère chronologique (ALONSO COMA. 2014 p. 81). Deux cent cinquante quatre noms français prennent racine dans la juridiction de Guantanamo...

3. LE CRÉOLE CHEZ LES FRANÇAIS DE CUBA

Les exilés de Saint-Domingue arrivant à Cuba pendant les révoltes et les luttes d'indépendance d'Haïti partagent une langue commune, le créole, quelle que soit leur couleur de peau. Nous avons vu précédemment les différences de ces réfugiés, leurs relations sociales entre eux ainsi qu'avec les Cubains. Ils seront tous considérés par les autochtones comme des Français, ayant un « parlé » commun, qu'ils maîtrisent  avec des degrés divers[23]. Dans la littérature du XIXe et du début XXe siècle, leur langue à Cuba est nommée criollo, patuà, frances, en fonction des auteurs, qui n'établissent pas de différenciations significatives dans l'usage de ces trois termes.

Si l'on compare le français d'usage à l'époque en métropole, la grammaire est simplifiée, les tournures de phrases sont courtes[24] et un vocabulaire parfois suranné. Les français blancs caribéens parlaient souvent deux langues, le français et le créole. La pratique de ce dernier était plus simple pour s'adresser à leurs esclaves, mais il devient progressivement d'usage habituel et plus apprécié que le français, ou une façon de se démarquer de ces Français de France, dont beaucoup se sentent extérieurs. La correspondance entre planteurs est cependant en français châtié.

La transculturation dans l'environnement linguistique espagnol transformera peu à peu le créole originel dominguois des exilés pour donner naissance à un nouveau dialecte vernaculaire, où des expressions cubaines seront de plus en plus présentes.


La fica de mi abuelo

La finca de mi abuela, tableau d'Osmar Peña Clavel, 2015, Santiago de Cuba.


Au XIXe siècle, à l'intérieur du groupe des Noirs créoles des nuances sont sensibles entre la langue parlée par les domestiques et celle des travailleurs agraires. En effet, les premiers, en contact permanent avec les maîtres parlent un créole plus francisé que ne peut l'être celui des esclaves des champs, qui pour certains débarquent d'Afrique. On peut imaginer que les bossals[25] de même origine ethnique utilisent encore leur dialecte d'Afrique entre eux[26]. Cependant, nous avons des raisons de penser que le créole était la langue de travail des plantations des Français dès le début du 19e siècle, donc parlée par les contremaîtres, les planteurs et les esclaves, ce qui n'est habituellement pas signalé[27]. Le créole comme langue de travail est un phénomène qui a perduré au XXe siècle, dans le cas de figure d'une main d'oeuvre composée uniquement de travailleurs agricoles haïtiens et ce jusqu'à la révolution castriste[28].

Les planteurs français s'entourent de domestiques dominguois parlant créole. C'est par l'observation, le partage passif des festivités et de la vie des maîtres, dans des plantations réputées par leur intense vie culturelle, que les gens de maison Noirs créoles vont s'approprier des éléments culturels européens. Cette transculturation à l'intérieur du cadre de la maison coloniale était déjà entamée dans la Saint-Domingue française, futur Haïti, avant l'exil de tous en terre cubaine. Elle s'accentuera avec l'installation des Français à Cuba, la cellule de la propriété coloniale française étant alors la seule où se pratique le créole. C'est sur les grandes étendues planes en quadrilatère des séchoirs à café et dans les salles à trier le grain qu'auront lieu les premières festivités des Noirs créoles, reproduisant à leur manière les contredanses européennes de leurs maîtres[29]. Les esclaves domestiques seront un vecteur de la transmission du créole à la main d'oeuvre esclave des de différentes origines ethniques.


secadero
Séchoir à café d'une exploitation agricole, début XXe siècle. DR.


Parallèlement, l'autorisation d'implantation par les autorités cubaines des premiers foyers de tumba francesa
[30] à proximité des centres urbains va rendre le créole plus perméable avec la langue espagnole. C'est probablement dans cet environnement de la "sosyété" de tumba francesa, moins isolé que le monde de la plantation, que naît ce créole, dialecte propre à Cuba.

L'évolution de la langue à l'intérieur des sociétés va dépendre des membres la fréquentant. Au départ, les autorités contrôlant et légiférant les activités des cabildos
[31] excluent des sociétés toute autre population que les Noirs créoles libres. Ils seront malgré tout fréquentés par des esclaves et des Noirs libres ne provenant pas de Saint-Domingue, avec les risques de représailles que cela représentait aussi bien pour les persona non grata que pour l'ensemble du cabildo. Jusqu'à l'abolition de l'esclavage et les premières guerres d'indépendance de la fin du XIXe siècle, les sociétés de tumba francesa connaissent des allers-retours entre tolérance et coercition de la part du pouvoir colonial en particulier sur leurs pratiques publiques. Il est vrai qu'elles étaient considérées comme foyers d'émancipation, de marronnage et d'idées révolutionnaires.

La proximité avec la jeune république d'Haïti -sur le territoire de laquelle l'esclavage avait été aboli dès 1793- et la Jamaïque, où ont lieu des mouvements de révolte, entretient la méfiance, les lois et les arrêtés municipaux coercitifs. Pour les chants de tumba francesa les plus anciens nous étant parvenus[32], l'utilisation d'un créole très pur permet d'occulter leur signification aux locuteurs espagnols, ainsi de faire passer à la société des messages de révolte contre la dureté des conditions de vie et des revendications politiques.

Avec la fin de l'esclavage, les cabildos sont supprimés au profit des sociedades où la mixité ethnique est autorisée[33]. Le cas des cabildos de tumba avant la fin de l'esclavage est une exception, car la mixité y existe depuis leur création. Dans leur cas, être un Noir de Saint-Domingue prévaut sur la race d'origine, tous les membres des sociétés étant des créoles.

Les sociétés de tumba francesa  conservent une continuité, ne développant que des pratiques culturelles liées aux « Français ». Après 1886, l'ouverture des sociétés à d'autres personnes que les descendants des noirs français (bossals libérés, espagnols) apporte des changements significatifs au créole, qui se cubanise : ajout d'expressions cubaines, déformation de la prononciation du créole haïtien, jusqu'à parfois créer de nouveaux mots.
Peu après, les sociétés de tumba francesa seront pendant les guerres d'indépendance des foyers de sédition
[34]. Leurs chants l'attestent, le créole étant comme dans les décades précédentes, un moyen de communiquer de manière occulte.


Mambis prisonniers
Mambises prisonniers des forces coloniales, 1895 © Mota, illustration.

Après l'indépendance de Cuba, la perméabilité du créole s'accentue, le besoin d'occulter la signification des chants n'est plus un besoin relevant de la sécurité de la communauté. Il advient pourtant des critiques pamphlétaires osées sur la collusion des dirigeants de la jeune République cubaine avec les Etats-Unis et donc des rapports difficiles avec l'ayuntamiento[35] de Santiago. Après la révolution de 1959, certains chants de tumba francesa à la gloire du castrisme sont quasiment en espagnol cubain. En effet, il s'agit alors d'être compris par le plus grand nombre, dans une forme linguistique prônant l'unification.

Deux autres cadres de pratique du créole existeront en parallèle à celui de la tumba francesa.

- Le premier est celui de la cellule familiale et du regroupement communautaire. Opportunités de travail et volonté de retrouver des proches font se regrouper les Noirs en provenance d'Haïti qui se substituent après l'indépendance cubaine à la main d'oeuvre esclave. Ils sont tout d'abord logés ensemble dans des baraquements[36] sur les plantations, puis également avec la propension à vivre dans les mêmes quartiers pour les centres urbains. Le créole est donc pratiqué par les individus tant que durent ces regroupements. Avec le métissage et l'éclatement progressif de la cellule familiale, le créole sera de moins en moins parlé au quotidien ou témoigne d'une forte altérité en comparaison à celui d'Haïti.

- Le deuxième cadre est celui pratique religieuse du vodou. Celle-ci, importée de l'île de Saint-Domingue par les Noirs créoles, relève de multiples branches en fonction des ethnies de chacun. Elle sera l'un des moyens pour les immigrants de revendiquer leur racines et identité géographique. A la différence de la tumba francesa, le vodou relèvera du cadre privé. Après les persécutions dont les vaudouisants auront été victime à Saint-Domingue, les immigrants créoles sauront cacher leur pratique religieuse
[37]. C'est entre autre pour cela que les liturgies du vodou à Cuba témoignent d'un créole plus authentique si on le compare avec celui de la tumba francesa. D'autres parts, ces liturgies sont directement importées du pays avec les vagues d'immigration successives, il y aura peu de création en terre cubaine. Il adviendra malgré tout, comme pour les chants de tumba francesa, que la prononciation tendra de plus en plus vers l'espagnol cubain, jusqu'à perdre le sens originel du créole haïtien et de créer de nouveaux mots parfois restant obscur pour le chanteur lui-même.

Si la langue utilisée dans les chants de tumba francesa était nommée par certains patuá, il est à noter que le mot est considéré aujourd'hui par la communauté haïtienne comme discriminant. Il lui sera donc préféré celui de krèyol
[38]ou créole tout au long de notre étude. Face aux manifestations plus ou moins larvées de xénophobie, cela dénote de la part de cette communauté une volonté revendicative de marquer son appartenance à une culture certes minoritaire, mais de la faire reconnaître par le plus grand nombre.

Penchons-nous maintenant sur les mécanismes de création des chants de tumba francesa. Leurs auteurs et compositeurs sont nommés "composé". Ce terme désigne également l'interprète ou le chanteur soliste dirigeant le déroulé d'une exécution musicale (dans ce dernier cas il a cependant coexisté avec le terme plus spécifique de "rey cantador": roi chanteur). Cependant, la compétence linguistique du composé se délitera avec le temps, utilisant un créole de plus en plus mâtiné d'espagnol cubain. Intervient également dans l'époque moderne la volonté d'être compris hors de sa communauté locutrice, avec des chants glorifiant la révolution et ses grands hommes. Dans ce cas, l'utilisation de l'espagnol est massive.

La manière de créer les chants  pour le composé connaissait deux chemins possibles. Soit la véritable écriture réfléchie d'une narration au long cours, soit l'improvisation lors de joutes verbales avec d'autres composés. Dans ce dernier cas, les textes sont plus courts, à l'échelle de quelques vers. Nous trouvons cette idée de compétition sur la capacité d'invention sur le vif dans d'autres musiques folkloriques cubaines (coros de clave, contrapunto cubano, rumba, regina du changüi).


Pablo Vallier
Pablo Valier célèbre composé de La Pompadour, entouré de ses choristes, société de Guantanamo, années 60. DR.

La transmission de ce répertoire chanté s'effectue presque uniquement de manière orale. Certains composés on noté toutes leurs créations ou les chants que d'autres ont pu leur transmettre, mais souvent les cahiers se perdent ou ne sont pas transmis aux nouvelles générations. Pour ceux des composés ayant la capacité d'écrire le créole, ils le font de manière très phonétique et avec une graphie approchant plus l'espagnol que le créole haïtien.

C'est en conservant cette notation très proche d'une graphie espagnole que la majorité des chants seront proposés en préalable tout au long de cette étude. C'est également de cette manière qu'il nous a été demandé de transcrire les chants par nos personnes-sources. Pour les chansons les plus anciennes, le temps et les passages de relais d'un composé à un autre, a corrompu la pureté du créole d'origine jusqu'à rendre la signification du texte incompréhensible. Pour appréhender la signification d'une bonne partie de ceux-ci, il nous a fallu retrouver une formulation en créole haïtien, avant d'en proposer une version en français. Certains textes plus récents comprenant beaucoup de cubanismes (espagnol cubain) auront été laissés dans leur jus et directement traduits en français.

Les sujets abordés dans les chants de tumba francesa sont très divers. Au gré de cette étude, nous les avons classés en différentes catégories. Certains narrent le quotidien de l'époque, la vie des sociétés, d'autres sont sur l'actualité politique à Cuba ou Haïti, d'autres encore peignent les hommes face à la puissance de la nature. Beaucoup des chants les plus anciens appellent à l'émancipation des immigrés haïtiens (contre l'esclavage, la xénophobie), la révolte contre les colons espagnols (guerres d'indépendance). Comme dans d'autres répertoires chantés (conga, carabali), la glorification des idéaux révolutionnaires et des grands hommes seront aussi source d'inspiration après 1959.

Concernant la continuité de création chantée dans la démarche des trois sociétés de tumba francesa contemporaines, le constat est assez alarmant. Les dernières créations connues par nous remontent à plusieurs décennies, par des composé très âgés ou aujourd'hui décédés. Les chants que produisent les sociétés actuelles sont uniquement des reprises.

Dans une annexe finale nous listerons les composés répertoriés des différentes sociétés, actuelles ou disparues avec leurs caractéristiques (lorsque c'est possible) et des remarques concernant certains patronymes.

Lien : Annexe sur les composés des différentes sociétés

D'autre part, le patuà fait de plus en plus figure de langue morte. Même quand ils le comprennent parfaitement, les anciens des sociétés de tumba francesa ne le parlent plus au quotidien et ne le transmettent guère aux jeunes générations. Le risque de rupture linguistique est donc grand. Cela ne veut pas dire pour autant que le créole cubain soit définitivement mort! Certaines communautés haïtiennes sont restées très soudées (La Caridad de Ramón en Oriente, Guamaca près de Camagüey, etc...) et sont parfaitement bilingues. Des organismes développent la langue créole (Kiba Banzil) ou oeuvrent à la préservation patrimoniale et la recherche (Casa del Caribe), d'autres travaillent à la  promotion culturelle et événementielle autour des cultures haïtiennes (Festival del Caribe, Bwa Cayman, Festival Eva Gaspar).


La tumba francesa de Eduardo Nuñez
"La tumba francesa" de Eduardo Nuñez, exposition Bayate.

4. CHANTS DES SOCIÉTÉS DE TUMBA FRANCESA


Les caractéristiques formelles des textes de tumba francesa ont été analysées de la façon suivante par E. Tamames:

- il n'y a pas de recherche de rime.

- le changement de créole à espagnol et réciproquement est fréquent et se fait de façon pragmatique, si on considère que ce changement « améliore le rythme ».

- les phrases étant émises en une seule émission d'air, il est facile de les identifier dans la transcription.

- les textes ignorent le rythme des syllabes : la principale attention, « et peut-être l'unique », est l'effet auditif mis en valeur par la structure rythmique du vers. Tamamés ajoute : « la musique n'est qu'un moyen que le composé utilise pour dire ses vers ».

Nous ne savons pas si des chants du folklore français ont été repris au travers de cette tradition. En tout cas aucun n'est parvenu d'une trace orale ou écrite au milieu du XXe siècle, période correspondante au premier ouvrage sur les chants de tumba francesa. Nous pouvons tout de même émettre l'hypothèse qu'au XIXe siècle, les planteurs français chantaient en créole des chansons populaires et le personnel de leurs exploitation aussi. C'était pour les maîtres une manière d'enseigner la langue à des esclaves parfois fraîchement débarqué d'Afrique. Les gens de maison avaient également une écoute indirecte de ces chansons et d'autres mélodies purement françaises, s'affairant auprès de leurs maîtres lors des soirées mondaines.

Nous est parvenu un recueil de poésie et contes en langue créole écrit par deux planteurs français (cf. supra). Dire les fables de Lafontaine en créole était un outil d'éducation et d'alphabétisation à l'usage des Noirs de la propriété. De là, il y a peu à penser que les chanson créole étaient utilisées aux même fins.

Quant à l'aspect mélodique des compositions, elles sont toutes dans un contexte tonal, majeur ou mineur, se différenciant en cela des mélodies vodou qui évoluent plus sur une modalité pentatonique, comme d'autres traditions cubaines de racine africaine. Si on différencie les différents genres de la tumba francesa, la majorité des chants de mason sont dans des tonalités majeures[39], ceux de yuba et de frenté plus en mineur. Il n'est pas rare que la même mélodie serve à composer plusieurs chants, avec quelques modifications rythmiques et de hauteur en fonction du nouveau texte. Les textes et les mélodies sont également modifiés en fonction des interprètes, que ce soit pour coller à l'actualité de l'époque, ou par volonté créatrice, sinon par oubli.

Concernant le rôle du choeur, il est anti-phonal et répond au chanteur soliste (composé). Selon la complexité du texte et les volontés du composé, le choeur reprend tout ou partie que celui-ci aura chanté une première fois. Il advient parfois que le choeur reprenne une partie de la mélodie sans le texte, en vocalises ou lalalies. Dans le cas des cantos de puya ou compétitions chantées, les composés s'affrontent chacun en proposant les chansons les plus incitatives à la liesse, ou les plus virtuoses dans l'improvisation. Même si ce type de concours n'est plus pratiqué, il était de même nature que d'autres genres de controverses (regina du changüi, zapateo, columbia,...). Les composé concurrents n'hésitaient pas à interrompre leur adversaire pour prendre la parole avec force gesticulations et en chantant plus fort.

La majeure partie des chants qui suivent ont été collectés auprès de composé à Cuba, ainsi qu'à partir d'enregistrements commercialisés, des documentaires et vidéos disponibles sur internet. Les traductions et les annotations sont des auteurs.

Les chansons comprennent deux ou trois entrées linguistiques : créole cubain, créole haïtien et français.
- La version en créole cubain se rapproche de l'écriture ou de la prononciation par nos sources, tout en cherchant une uniformisation de l'orthographe. Concernant les textes collectés par Tamamés, nous avons respectés sa graphie.
- La version en créole haïtien se rapproche à l'écriture contemporaine du créole en Haïti[40].
- La version en français essaye d'approcher le sens originel du texte.

Sont indiquées le cas échéant les interventions du choeur, en italique et avec un espacement.

 
guerre d'indépendance et libération des esclaves
"Tango". Caricature sur la guerre d'indépendance et la libération des esclaves. Publication de Barcelone. DR.

4.1 CHANTS A CARACTÈRE HISTORIQUE


Ay oquendo Maria la O
Compositeur : inconnu.Transmis par Berta Armiñan Linares, Santiago de Cuba
Chant de mason

son Lien audio Maria La O (Berta Armiñan Linares & Cutumba) 
son Lien audio Maria La O (Rafael Cisnero Lescay)

Le chant Maria La O est relié à l'histoire de la fondation des cabildos de tumbas francesa dans la ville de Santiago.
« Dès le XIXe siècle, il y avait à Santiago des organisatrices de comparsa et de formations de percussion (tahonas) à Santiago de Cuba : que l'on pense à Maria La O & Maria de la Luz, dirigeantes du Cocoyé de Los Hoyos » (D. Chatelain "Femmes et percussion à Cuba"  sur www.ritmacuba.com).

Les airs du Cocoyé ont été relevé par Casamitjana (flûtiste, compositeur et directeur d'orchestre d'origine catalane, né en 1805 et établi à Santiago de Cuba en 1832, où il fonda une école de musique et se dédia à la direction d'orchestre et la composition), ceci en 1836 et un de ceux-ci, Maria La O, orchestré dans le pot-pourri cubano de Laureano Fuentes Matons, élève de Casamitjana, en 1847). La musicologue Zoila Lapique relève : « Quelque chose de semblable à ce phénomène contemporain de la conga santiaguera se passa en 1852 quand vint à La Havane la comparsa del Cocoyé avec ses deux dirigeantes, les mûlatresses María de la O Soguendo y María de la Luz, jointes au nommé Manuel qui dansait avec l'Anaquillé, marionnette de carnaval. » (ibid.)

Le compositeur havanais Lecuona donna ensuite le titre de Maria La O à une zarzuela. Son ami Edwin Tolón, impresario de théâtre raconte ainsi comment Casamitjana entendit les airs du Cocoyé, en reprenant des chroniques de Santiago de Cuba : « il était appuyé sur la rambarde de la fenêtre de la maison où il vivait, quand il vit venir une comparsa composée d'un grand nombre de personnes dirigées par deux mulâtresse fastueuses, une était Maria La O et l'autre Maria de La Luz, qui chantaient et dansaient une musique électrisante. Impressionné par leur danse, le compositeur rejoint le piano et rejoua de mémoire les mesures de cette musique anonyme, puis les fit passer au papier à musique » (Tolón 1961).


Maria La O de Lecuona
Affiche du film Maria la O (A. F. Bustamente), 1947.

El Cocoyé fut ensuite le nom porté par une importante tumba francesa de Santiago, située dans l'actuel Paseo Marti, dans un local jouxtant l'actuel Foco de la Conga de Los Hoyos et survécut jusqu'au milieu du XXe siècle (l'emplacement est aujourd'hui une station-service). Des liens historiques unissent les deux sociétés Lafayette et El Cocoyé.

La comparsa de Maria La O et Maria de La Luz était une version urbaine de la tahona, défilé pratiqué par une population de même origine que les membres des sociétés de tumba francesa. Depuis plusieurs décennies, la société Lafayette s'emploie à préserver dans son local et pour les traditions de carnaval les traditions de la tahona, incluant une danse de tressage de rubans autour d'un mât reprise par différentes troupes folkloriques.

Le chant Maria La O, faisant référence à un point d'origine des tumba francesas urbaines (si on les oppose aux danses des tumbas francesas des plantations) fait toujours partie du patrimoine de la société Lafayette.

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay oquendo[41]
Maria la O
Oquendo
Oquendo  Maria la O
Maria la O oquendo
          A
y oquendo Maria la O, oquendo
Oquendo  Maria la O
Maria la O oquendo
          A
y oquendo Maria la O, oquendo

Ay okenn dout
Maria la O
Okenn dout
Okenn dout Maria la O
Maria la O, okenn dout
       Ay okenn dout Maria la O, okenn dout
Okenn dout Maria la O
Maria la O, okenn dout
      Ay okenn dout Maria la O, okenn dout

Ah, aucun doute
Maria la O
Aucun doute
Aucun doute, Maria la O
Maria la O, aucun doute
Ah, aucun doute, Maria la O, aucun doute
Aucun doute, Maria la O
Maria la O, aucun doute
Ah, aucun doute, Maria la O, aucun doute


Enterrement du lider insurgé Echenoz

Sous haute surveillance, enterrement d'Evaristo Estenoz en 1912, fondateur du parti de "Rassemblement des Indépendants de Couleur" et meneur insurgé.


Le chant suivant parle de la fin "des affaires de race" à Cuba. Même si en 1868 un décret de la cour espagnole interdit la traite négrière, l'abolition définitive de l'esclavage prendra du temps à Cuba.

En 1868, Carlos Manuel De Céspedes annonce l'émancipation de ses esclaves et lance le soulèvement contre le pouvoir espagnol, déclenchant la "guerre des dix ans" (à cette occasion les esclaves libérés dansèrent « français » dans la plantation de Céspedes, dans l'actuelle province de Granma)[42]. Il faudra attendre 1880 pour qu'une loi déclare l'abolition de l'esclavage à Cuba, celle-ci ne commencera à être appliquée que six ans plus tard. Le traffic négrier continuera illégalement jusqu'à l'orée du XXe siècle. En 1893, l'égalité des droits entre blancs et gens de couleurs[43] est proclamée. Cela donnera rapidement à des bouleversements politiques avec la création en 1908 du parti de "Rassemblement des Indépendants de Couleur".

A quel évènement précis la chanson suivante fait allusion, nous ne le saurons pas vraiment, mais son thème témoigne en tout cas de son ancienneté.

We aye o (Vois-tu, le passé)
Compositeur : inconnu. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba.
Chant de mason

son Lien audio We aye o 1 (Andrea)
son Lien audio We aye o 2 (La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

We aye o
Ay mua nuble o llano
Cuman ye?

Ey mue tande
Bay mue lague mamá
Mue tande a safa na sava
Pa mua nube
Cuman u ye
Bay mua nube
Cuman u ye

We aye o
Ay mua nuble o llano
Cuman ye?

Wè ayè o
Ay mou a nou vle o lyann o
Kouman ou nye ?

Ey mwen tande
Bay a mwen lage manman Mwen tande a safar ra sa va
Pa mou a nou vle
Kouman niye
Bay mou a nou vle
Kouman niye

Wè ayè o
Ay mou a nou vle o lyann o
Kouman niye

Voyez-vous, du passé
Nous voudrions que les souvenirs soient moins présents[44]
Comment le nier ?

Eh, j'ai entendu
Maman, que nous allions laisser tomber
J'ai entendu que les affaires de races, c'était fini
Nous le voulions vraiment
Comment le nier ?
Nous le voulions vraiment
Comment le nier ?

Voyez-vous, du passé
Nous voudrions que les souvenirs soient plus ténus
Comment le nier ?



Elisa Robles Thomas
Elisa Robles Thomas, Mamá Dá, tumbera de Bejuco, années '80 © Rosa Miriam Elizalde.

Le chant qui suit est très ancien et daterait de l'époque de l'esclavage. L'ethnologue Laura Cruz Rios le recueille auprès de Trinidad Lamot Robles à Sagua la Grande dans la province d'Holguín (cf. Revue Oralidad N°13). Trinidad était l'une des doyennes et principales chanteuses de la société de Bejuco au début des années 2000. Le texte est clair et liminaire : on parle ici d'une personne de couleur qui se meurt par l'accumulation des sévices et châtiments dont elle est victime. A l'orée de la guerre d'indépendance, sa grand-mère, Ma Piyá s'était enfuie avec ses enfants de la ferme du français Robles, pour être ensuite rattrapée, battue puis vendue par celui-ci à Eugenio Revé, de la ferme La Dolorita. C'est dans cette propriété qu'elle s'initiera à la tumba francesa. Les fêtes y avaient lieu pour la plupart sans l'autorisation du maître. En compagnie de Felipe Revé ainsi que d'autres esclaves marrons, elle s'en s'échappera et se réfugiera dans les dans les montagnes entre Sagua la Grande et Guantanamo, où une fois installés ils créeront le village de Bejuco et la tumba francesa.

Mamá ju mue mori (Maman, mon heure est venue)
Transmis par Trinidad Lamot Robles, tumba francesa de Bejuco.

(graphie et traduction précisées par nous)

Créole cubain Créole haïtien Français
Mamá ju mue mori
U pa bisuen crie pa mue
Tu bien conet
Si Bondie pa touye mue
Cretien ye va jeme mue
Mamá m'pa ye o
M'ap tuye mue
Manman jou mwen mouri
Ou pa bezwen krye pa mwen
Tou bien konèt
Si Bondye pa touye mwen
Kretyen ye va jeme mwen
Manman m'pa ye o
M'ap touye mwen
Maman, ma fin est proche
Inutile de pleurer
Tu le sais bien
Si le Bondieu ne me tue pas
Un chrétien le fera
Maman, je ne suis plus
Je meurs

La révolte gronde. Le lien invoqué, le filleul, semble plus symboliser la solidarité qu'un lien familial. Si l'on se réfère à l'entretien de Laura Cruz avec Trinidad Lamot Robles (revue Oralidad N°13), La tumba francesa de Bejuco fût fondée par des esclaves marrons dont un grand nombre intégreront les troupes de mambises et porteront la guerre contre les espagnols jusqu'aux premiers jours de la République.

E Fillol mue (Eh, mon filleul)
Compositeur : inconnu.
Transmis par Victoria Robles Videau, tumba francesa de Bejuco

Chant de mason

son Lien audio E Fillol mue

Créole cubain

Créole haïtien

Français

E fillol[45] mue
Mu
ño pa di consa
E fillol mue
Mu
ño pale consa
Siu pa gagne
Seso corporar
Cuman afe sa e

E fiyòl mwen
Moun yo pa di kom sa
E fiy
òl mwen
Moun yo pa di kom sa
Si ou pa ankò gagne
Se sò ankò po ra
Kouman a fe sa e

Ah, mon filleul
Les gens ne peuvent en parler comme cela
Ah, mon filleul
Les gens ne peuvent en parler comme cela
Vous n'avez pas encore gagné
C'est notre destin de s'engager
Comment faire autrement?
[46]


Cette deuxième version du même chant diffère sur quelques mots. Des homophonies permettent de l'écrire et d'aussi le comprendre ainsi. Dans ce cas, le sens perd dans le côté historique de la révolte. Il se transforme en histoire de méfiance en face de la bonne fortune inexplicable d'un membre de la communauté.

E fillol mue
Mu
ño pale consa
E fillol mue
Mu
ño pale consa
Siu pa gagne
Seso corporar
Cuman afe sa e

E fiyòl mwen
Moun yo pale kom sa
E fiy
òl mwen
Moun yo pale kom sa
Si ou pa gagne
Se sò an kòb po ra
Kouman w a fe sa e

Ah, mon filleul
Les gens parlent
Ah, mon filleul
Les gens parlent
Si tu ne l'as pas gagné
Par quel hasard ta tirelire est pleine ?[47]
¿ Comment expliques-tu cela, eh ?


Ancienne caféière d'Oriente

Caféière en Oriente, photo non datée, XIXe siècle. Au premier plan les séchoirs à café.


Un fugitif de la lutte clandestine se cache la nuit et peut être pris à la lumière de la lune. Le texte peut être resitué dans la guerre d'indépendance ou dans la guérilla révolutionnaire.

La lina menguanto  (La lune décroissante)
Compositeur : inconnu.Transmis par Maria Luisa Barrientos Garbey, Conjunto Folklorico de Oriente
Chant de frenté

son Lien audio La lina menguanto (Maria Luisa Barrientos Garbey)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

La lina menguanto[48]
La lin'clere lese muale so
La lin touné polisi secret
O lesé mualeso

La lina me enguanto
Lese mualé
Kamue pren la tropa mue
Pou mue te soti opera
La lin pable clere
La lin touné polisi secret,
O lese mualeso
La lina me enguanto
Lese mualé

Lalin a menm kònt o
Lalin klèr e èse mwen mou ale sò
[49]
Lalin toune polis isi sekrèt
O lèse mwen mou ale sò

Lalin a menm kònt o
Lès mwen ale
Kanmenm pren la troup a mwen
Pou mwen èt sòti opera
Lalin koupab e klère
Lalin toune polis isi sekrèt
O lèse mwen mou ale sò
Lalin a menm kònt o
Lès le m'mou ale

Ô même la lune est contre moi
Ô la lune est claire, laissez-moi une chance
Si la lune, au détour de la ronde de la police secrète
Pouvait me laisser une chance

Ô mais la lune est contre moi
Laissez-moi partir
La troupe m'a quand même attrapé
Pour ma sortie à l'Opéra
C'est à cause de la clarté de la lune
Si la lune, au détour de la ronde de la police secrète
Pouvait me laisser une chance
Ô même la lune est contre moi
Quand est-ce que je vais pouvoir me faufiler



mambis

Préparation d'un camp de rebelles, 1899 © J. Gomez de la Carrera.


Ce chant critique une imprudence dans la clandestinité (qui peut être celle de cimarrones, d'indépendantiste, ou guérilla révolutionnaire) et avertit du danger de rester regroupé dans un lieu repérable au lieu de se fondre dans la nature. En utilisant l'image "la nature de la chèvre est de rejoindre la montagne".

La cabra siempre tira pa'l monte (La chèvre toujours revient dans la montagne)
Compositeur : inconnu.Transmis par Rafael Cisnero Lescay, chanteur de Cutumba
Chant de frenté

son Lien audio La cabra siempre tira pa'l monte (Rafael Cisnero Lescay)

Créole cubain

Français

U pral venao camino la cae
Amigo que bobo tu eres
U pral ven a camino la cae
Amigo que bobo tu eres
La cabra siempre tira pa'l monte
Y mas que bobo eres

Vous allez quand même à vingt à la maison[50]
Amis, quel idiot tu fais
Vous allez quand même à vingt à la maison
Amis, quel idiot tu fais
La nature de la chèvre est de rejoindre la montagne
Et plus qu'idiot tu fais


Nous sommes ici au sortir de la guerre d'indépendance (1898). Sont énumérés les héros de la libération (Antonio Maceo, José Quintín Banderas, Guillermón Moncada, José Martí). Même si Cuba vient de gagner son indépendance, beaucoup de morts sont à déplorer.

Oigan como lloran los niños (Ecoutez comment pleurent les enfants)
Compositeur : chanteur de la société San Juan Nepomuceno, repris et adapté par Pelayo Terry (Guantanamo).
Ecrit dans les années '30.
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)
Chant de yuba


Castillan et créole cubain

Français

Caballero, oigan como lloran los niños
Pero la madre tambien
Y este año estamos muertos

Eh, eh, eh, murió lo mejor
Murió Antonio, murió José
Murió  Guillermo, murió Bandera
Eh, eh ,eh

Oigan como  lloran los niños
La ané si la
Oigan como  lloran los niños
La ané si la
Nu andar

Messieurs, entendez comment pleurent nos enfants
Mais aussi leurs mères
Et cette année nous sommes morts

Hé, hé, hé, est mort le meilleur
Disparu Antonio, disparu José
Disparu Guillermo, disparu Bandera
Hé, hé, hé

Messieurs, entendez comment pleurent nos enfants
Cette année
Messieurs, entendez comment pleurent nos enfants
Cette année
Il nous faut avancer



Guillermon Moncada
Guillermon Moncada (1841-1895), général de la guerre d'indépendance cubaine, membre de société de tumba francesa. DR.

Guerillero del monte  (Guerrier de la montagne)
Compositeur : inconnu.Transmis par Rafael Cisnero Lescay, chanteur de Cutumba
Chant de mason

son Lien audio Guerrillero del monte (Rafael Cisnero Lescay)
son Lien audio Guerrillero del monte 2 (Cutumba)

Ce chant fait référence à la fin de la guerre d'indépendance contre l'Espagne (1898) et des maquis organisés par les mambises (soldats des forces révolutionnaires; ce terme est plus fréquemment employé que celui de guerillero pour désigner  les révolutionnaires de ce conflit). Parmi les mambises connus pour leur amitiés dans les tumba francesa, les géneraux Quintín Banderas, Guillermón Moncada, et Antonio Maceo étaient membres de la société La Caridad de Oriente (témoignage de Gaudiosa Venet Danger, "Yoya", ancienne reine de la Caridad, in "Testimonios de una misma expresión cultural cubana, la tumba francesa", Revue Oralidad N°13).

Si l'expression "quita te tu pa' ponerme yo" (pousses-toi donc que je m'y mette) a été employée pour moquer le jeu des politiciens prenant la place les uns aux autres (cf. note ci-dessous), elle prend ici un sens révolutionnaire, les mambis ou maquisards prenant la relève de l'ordre ancien.

La reprise actuelle du chant peut lui donner un sens contemporain. N'oublions pas non plus que la guerilla castriste s'est installée précisément dans la Sierra Maestra, une zone autrefois quadrillée par les plantations de café d'où sont originaires les membres urbains de la tumba francesa de Santiago.

Espagnol (Cuba)

Français

Guerillero del monte
A la manigüa derive
[51]
Guerillero del monte
A la manigüa derive
Ya se acabó lo que se daba 
Ay quita te tu
Para ponerme yo

Guerrier de la montagne
Dans le maquis tu dérivais
Guerrier de la montagne
Dans le maquis tu dérivais
Maintenant est fini ce qu'il se devait
Eh, pousses-toi donc
Que je m'y mette


Quitate tu pa' ponerme yo
est une expression utilisée en Espagne en 1935 pour railler "la valse" et l'inefficacité des hommes politiques à la tête du pays. Elle est aussi le titre d'une pièce de théâtre cubaine de 1933, Quítate tú para ponerme yo. Celle-ci est une satire sur les derniers présidents (José Miguel Gomez, Zayas, Menocal, Grau) dont les auteurs raillent entre autres, leur soumission aux Etats-Unis. Cette pièce ne fût représentée qu'une fois, interdite suite aux échaufourrées qu'elle déclencha. Cette expression est reprise en 1971 comme titre d'une chanson de Johnny Pacheco et Bobby Valentín. Ce titre sera l'un des succès de la Fania All Stars, en particulier lors du concert mythique au club Cheetah de New York.

Troupe coloniale

Troupe espagnole à Cuba, 1896. DR.


Une variation sur le thème du guerrier. La concision du texte ne nous permet pas de préciser les circonstances de l'action. Est à supposer la brusquerie du dit personnage.

El guerrillero e (Ce guerrier a l'air)
Compositeur : inconnu. Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez de Babul
chant de mason

son Lien audio El guerrillero e (Orlando Aramis)

Créole cubain

Français

El guerrillero e
Ban ga la fu mi la lye[52]
El guerrillero e
Ban ga la fu mi la lye
Yo va la casa Cucú[53]
Ban ga la fu mi la lye
Yo va la casa Cucú
Ban ga la fu mi la lye

Ce guerrier est
Ce gars donne l'air d'être fou à lier
Ce guerrier est
Ce gars donne l'air d'être fou à lier
Il va à la maison de Cucú
Ce gars donne l'air d'être fou à lier
 Il va à la maison de Cucú
Ce gars donne l'air d'être fou à lier


Caricature sur le Parti des indépendants de couleur

Un membre du "Rassemblement des Indépendants de Couleur" demande réparations au pouvoir républicain, suite au massacre de 1912. Gravure de presse © Pío.


Un fragment de texte évoquant les membres d'une société plongés dans le désarroi, privés de leur activité de musiques et de danses. Elisa Tamames ayant travaillé directement avec Pelayo Terry, nous transmet les raisons de ce désarroi : l'auteur a voulu transmettre l'état d'incertitude et d'insécurité qui régnait en 1912 dans le pays[54]. Le soulèvement du parti des Indépendants de Couleur en Oriente provoqua une répression sanglante, avec des milliers de morts. Furent particulièrement touchés villes et villages qui avaient des plantations de café et une activité de tumba francesa : El Cobre, El Caney, San Luis et des localité autour de Guantanamo. Les sociétés locales comptaient bon nombre d'activistes et soutien aux Indépendants de Couleur. On sait par ailleurs que cette répression fait partie de la mémoire collective dans la société de tumba francesa de Guantanamo, pour ne parler que d'elle. Leonor Terry Dupuy, reine d'honneur en parle dans un récit de vie : plusieurs de ses parents, probables membres du parti des Indépendants de Couleur furent massacrés en 1912, année de sa naissance : « en la primera guerra que hubo aquí, en Cuba, mataron a mi papá y mis tías. Como vivían aquí, en Guantánamo, fueron al campo donde vivimos nosotros y trajo a mi mamá, que estaba en estado de mí, porque yo no conocí a mi papá. » (dans la première guerre qu'il y a eu ici à Cuba, mon père et mes tantes ont été tuées. Comme ils vivaient ici, à Guantanamo, ils vinrent dans la campagne où nous vivions et fit venir ma maman, parce que je n'ai pas connu mon papa.)[55]

Ki sa a na fe
(Que pouvons-nous faire ?).

Compositeur : Pelayo Terry[56]. Société La Pompadour, Guantanamo. Collecté auprès d'Emiliano Castillo Guzman
Chant de mason

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay pueblo ki sa a na fe
Ay pueblo ki sa a na fe
Ñun pe crie
Lot pe danse
Sa a na fe
Ay pueblo
                       Ki sa a na fe

Ay pueblo[57] ki sa n'ap fè
Ay pueblo ki sa n'ap fè
Ni moun pe krye[58]
L
òt pe danse
Sa a n'ap fè
Ay pueblo
                     
Ki sa n'ap fè

Hé mon peuple, que pouvons-nous faire ?
Hé mon peuple, que pouvons-nous faire ?
Personne ne peut chanter
Ni danser
Que pouvons nous faire ?
Eh mon peuple
                                  Que pouvons-nous faire ?



Ce chant interpelle le président de la République José Miguel Gomez, complice pour avoir laissé faire (sinon organisé) l'assassinat des deux leaders de l'insurrection du Parti Indépendant de Couleur, Noirs et vétérans de la guerre d'indépendance (Estenoz avait combattu au côté du général Moncada et d'Ivonet au côté du libérateur Maceo). Alors que les autorités de la ville ordonnaient la chasse à l'homme, il célèbre le courage des insurgés floués par la République. Dans le cas d'Evaristo Estenoz, relate E. Tamamés, il a en effet été abattu dans le dos après s'être livré aux autorités. Pedro Ivonet comme Evaristo Estenoz sont assassinés le 27 juin 1912.

José Miguel
Compositeur : Lestapí. Texte issu de la thèse d'Elisa Tamamés
Chant de yuba

Créole cubain

Créole haïtien

Français

José Miguel leve la gué
Pu li tuyé poy
á inocent
Ma pe jele Evarist Eten
ó
Ma pe jele Pedro Ivonet
Gueiriller la yo
Tombe dellé yo pu tuyé yo

José Miguel leve lage
Pou li touye p
òv ya inosant
M'ap pe jele Evarist Eten
o
M'ap pe jele Pedro Ivonet
Gèrye la yo
Tonbe deyè yo pou tuyé yo

José Miguel tu te dresses
Contre le meurtre de ces pauvres innocents
Je plaint Evaristo Estenoz
Je plaint Pedro Ivonet
Ces valeureux guerriers
Ils leur sont tombés dessus par derrière et les ont massacrés



Pelayo Terry
Source : Fernando Ortiz, Bohemia 1949, remerciements à Patrick Dalmace.

Au premier degré : le malheur de parents dont la fille s'est mariée à un marginal de mauvaises fréquentations. Elle a subi un mauvais sort. Le chant précédent interroge et le choix du prénom n'est peut-être pas si innocent : un José Miguel considéré comme laissant faire un meurtre. Pour cette communauté, dont des familles avaient été victimes ou témoins de la répression de 1912, ce pouvait être une allusion voilée au président honni de la République José Miguel Gomez.

Bondie José Miguel
(Bondieu José Miguel !)
Compositeur : Pelayo Terry.
Chant de yuba

son Lien audio Bondie Jose Miguel (Rafael Cisnero Lescay & Cutumba)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Bondie José Miguel
Ue Helena ye
Tue touye tolere o inocente
Ay dio bondie
Bondie José Miguel
Ue Helena ye
Tue touye tolere o inocente

Ma pele Pedro imole
Ma pele mari cuente lo

Ay Bondie que libe o so
Que libe mue

Bondye José Miguel
Ou wè Helena yè
Tou wè tiye tolere ou inosant Ay dou Bondye
Bondye José Miguel
Ou wè Helena yè
Tou wè tiye tolere ou inosant e

M'ap elve pe dwòl ni mò le
M'ap elve mari kou antrene li o

Ay Bondye ke libere nou sò
Ke lib e mwen

Bondieu José Miguel
As-tu vu Hélène hier?
Tolères-tu toi aussi le meurtre d'une innocente?
Hélas Bondieu!
Bondieu José Miguel
As-tu vu Hélène hier?
Tolères-tu toi aussi le meutre d'une innocente

Je crains qu'elle ne dise plus de drôleries
Je l'ai élevée, c'est les fréquentations de son mari qui l'ont entraînée

Oh Bondieu, libère nous de nos souffrances
Libérez-moi!


Mambises à cheval

Photo : chevauchée d'une troupe de mambis (insurgés) cubains.


Un texte à la gloire des vétérans de la guerre d'indépendance, mais aussi une critique amère sur la jeune République, les espoirs bafoués. Bon nombre des combattants dans les troupes mambí étaient des anciens esclaves libérés ou marrons. Ils nourrissaient l'idée d'une plus grande liberté et d'opportunités de travail au sortir de la guerre. Hélas! le racisme ne favorisait pas ces gens de faible condition.

Ay, viva los Cubanos! (Hourra, vive les cubains )
Compositeur : Pelayo Terry, s
ociété La Pompadour, Guantanamo. Ecrit dans les premières années de la République (circa 1902)
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)
Chant de yuba


Créole cubain et espagnol (Cuba)
(graphie Elisa Tamames)

Créole haïtien

Français

Ay, viva los Cubanos
Nan pué peí
Qui gemé president pasé Cuba
Ay poyab veterano
Liberté pero pul otr

Los Maceo ta ramané negro
Pur fé liberté
Negio ne pa le coné lu ecri
Ne pa le conié papié
Avec bon volonté
Ya le liberté pero
A to la yá cabá
Nan pué quen qui di

Viva Maceo, viva veterano tampoco
Ya la lé liberté peí
Grenesí
** pul otr

Los Maceo ta ramané negro
Pur fé liberté
Negio ne pa le coné lu ecri
Ne pa le conié papié
Avec bon volonté
Ya le liberté pero
A to la yá cabá
Nan pué quen qui di

Viva Maceo, viva veterano tampoco
Ya la lé liberté peí
Grenesí pul otr

Ay, viva cubano
Qui gemé president qui Cuba
Veterano calé liberté pero
Beneficio*** a otro
Travail pul otr

Ay, tan viv Kiben yo
Nan pwen pèyi
Ki renmen prezidant pase Kiba
Ay, veteran pòv yo
Libète se pou lòt yo

Moun Maceo yo pote tounen
Pou fè libète
Nèg yo, ne pa le konèt lou ekri
Ne pa le konèt papye
Avèk bonn volonte
Li te lè a pou libète men
A tout la se fini
Nan pwen ke n'ki di

Viv Maceo, tan ap viv veteran yo tou
Li lè pou libète peyi a
Grennen si pou lòt

Moun Maceo yo pote tounen
Pou fè libète
Nèg yo, ne pa le konèt lou ekri
Ne pa le konèt papye
Avèk bonn volonte
Li te lè a pou libète men
A tout la se fini
Nan pwen ke n'ki di

Viv Maceo, tan ap viv veteran yo tou
Li lè pou libète peyi a
Grennen si pou lòt

Ay, tan viv Kiben yo
Ki renmen prezidant pase Kiba
Veteran kale libète men
Benefis pou lòt
Travay pou lòt

Hourra, vive les Cubains!
Il n'y a point de pays
Qui aiment autant leur président que Cuba
Hélas, pauvres vétérans
La liberté, c'est pour les autres.

Ceux que Maceo a ramené
Pour faire la liberté
Les gars, ils n'avait pas lus grand chose
Ne connaissaient pas le papier
***
Mais avaient de la bonne volonté
Sur l'heure de la liberté
Quand tout fût fini
Je ne peux m'empêcher de dire :

Vive Maceo, vive les vétérans aussi!
L'heure de la liberté a sonné pour le pays
Un bénéfice pour chacun

Ceux que Maceo a ramené
Pour faire la liberté
Les gars, ils n'avait pas lus grand chose
Ne connaissaient pas le papier
Avec de la bonne volonté
Sur l'heure de la liberté
Quand tout fût fini
Je ne peux m'empêcher de dire :

Vive Maceo, vive les vétérans aussi
L'heure de la liberté a sonné pour le pays
Un bénéfice pour chacun

Hourra, vive les cubains
Qui aiment autant leur président que Cuba
Les vétérans ont enfanté de la liberté
Un bénéfice pour chacun
Un travail pour nous tous

* Dérivé créole de acabar (terminer)

** Tamamés traduit dans son lexique : bénéfice. Grennen en créole haïtien signifie reproduire, donner beaucoup d'enfants

***A noter que l'auteur ne réutilise pas grenesi, mais préfère le castillan pour cette deuxième occurrence

 **** Sous-entendu: ils ne savaient ni lire ni écrire.


Un soldat accusé d'abandon de poste, au risque de sanction de la part de son supérieur.

Silencio (Silence)
Compositeur : inconnu.Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco

Chant de yuba

son Lien audio Silencio (Elivania Lamot Lara)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Coronel ou cone mue, Licia
Coronel pou ki nu rele mue
U bien qui cone usted rete media hora
Pu nu pale ni un parol Bondie
Mue mo rive o silencio ui compose
E silencio ui compose
E silencio ui compose

Ayayay u pa gañe parol pou nou pale
Mue mo rive o silencio ui compose
E silencio ui compose
E silencio ui compose
Ayayay u pa gañe parol pou nou pale

Koronel ou konnen mwen, Licia
Koronel pou ki rele mwen
Ou bien ki konnen w rete demi e
Pou nou pale, ni youn pawol ak Bondye
M' we mo rive o, an silans wi kompose
An silans wi kompose
An silans wi kompose

Ayayay m'pa genyen pawol pou nou pale
M' we mo rive o, an silans wi kompose
An silans wi kompose
An silans wi kompose
Ayayay m'pa genyen pawol pou nou pale

Colonel, vous me connaissez, Licia
Colonel, pourquoi criez-vous après moi
Vous savez bien que je suis resté une demi-heure
Pour tout vous dire, sur la parole de Dieu
Très bien, je me tais, oui composé
Je fais silence, oui composé
Je fais silence, oui composé
Houla là, je n'ai plus de mots pour le dire
Très bien, je me tais, oui composé
Je fais silence, oui composé
Je fais silence, oui composé
Houla là, je n'ai plus de mots pour le dire


soldats de la guerre d'indépendance

Soldats de la guerre d'indépendance cubaine.


Payer les taxes et impôts à la couronne royale n'était visiblement pas du goût de tous les habitants de l'île de Cuba, territoire espagnol. C'était l'objet de fanfaronades, voir de soulèvement face à ce pouvoir lointain, bientôt considéré comme usurpé.

Mue mande decir mue pe (Vous me demandez si j'ai peur)
Compositeur : inconnu.Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de yuba

son Lien audio Mue mande decir mue pe (Elivania Lamot Lara)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue mande decir mue pe
No no, mue pa pe  
Mue mande decir mue pe

No no, mue pa pe
Mesanmi m'pa gañe lajan
Pu mwen peye gouvernment, no no !

Nu dire li rua yo, chiririco !
Mua pe peye coquillay mwen
U ap provoque mue
Rua yo si mwen tuye li

Pu mue peye li como bueno
Mesanmi m'pa gañe lajan
Pu mue peye gouverrnment
Ay,no no no !

Mwen mande di si mwen pè
No no, mwen pa pè
Nou mande'm si mwen pè
No no, mwen pa pè
Mezanmi m'pa ganye lajan
Pou mwen pèye gouvernmant, no no !
Nou dir eli rwa yo, chiririco

Mwa pe peye an kokiyaj mwen
Ou ap' provoke mwen
Wa yo si mwen touye li an
Pou mwen pèye li tan kou bon

Mezanmi m'pa ganye lajan
Pou mwen pèye gouvernmant
Ay, no no no !

Vous me demandez si j'ai peur
Non non, je n'ai pas peur
Vous me demandez si j'ai peur
Non non, je n'ai pas peur
Mes amis je n'ai pas l'argent
Pour payer le gouvernement, non, non !
Vous direz à leur roi, chiririco[59] !
Je peux payer en coquillages[60]
Vous me provoquez ou quoi !
Roi, s'ils me frappent
Je vais leur payer du bon temps
Mes amis je n'ai pas l'argent
Pour payer le gouvernement
Hélas! non non non !


mambises : gravure
Gravure sur la guerilla des mambis.


La guerre et ses ravages, non sans emphase ni licence poétique.

Laren Olay[61] (La reine Olay)
Compositeur : inconnu.Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de yuba

son Lien audio Laren Olay (Tumba francesa de Bejuco)
son Lien audio Laren Olay (Elivania Lamot Lara)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Laren Olay la priye
Laprie mama, map fe muri
Lo nu we dlo Kiba dife vini
Change cule
Ou di mue se san
Reconet la justicia
Reconet a die!
Mama map fe muri
O, vandredi dule yo
Sandi la justicia
Reconet a die!
Ay mama
Mama map fe muri

Larènn Olay ap priye
Lapriye manman, m'ap mouri
Lò nou wè dlo Kiba dife vini
Chanje koulè
Ou di mwen se san
Rekonnèt lajistis
Rekonnèt Bondye!
Manman m'ap fe mouri
O vandredi doulè yo
Samdi la jistis
Rekonnèt a Dye!
Ay manman
Manman m'ap mouri

La reine Olay[62] prie
Elle prie maman, je meurs
Or, nous voyons l'eau devenue feu, Cuba
Change de couleur
Vous me dite que c'est le sang
Reconnaissez la justice
Reconnaissez, Bondieu !
Maman je meurs
Ô, vendredi des douleurs
Samedi de justice
Reconnaissez, oh Dieu !
Hélas Maman
Maman je meurs


Bertha Armiñán

Berta Armiñán Linares, 2011 © Miguel Ángel Gaínza Chacón.


Un chant qui marque la fin de la guerre d'indépendance et le retour à la paix. Mais tout est loin d'être réglé « Beaucoup de tués pour l'égalité » : mettre à bas la colonie aurait coûté la vie à un homme valide sur six.

Mesa mi lo fe con tan[63] (Mes amis l'ordre me rend heureux)
Compositeur : Pablo Valier. Transmis par Berta Armiñan Linares
Chant de yuba

son Lien audio Mesami lo fe con tan (Cutumba & Berta Armiñan Linares)
son Lien audio Mesami lo fe con tan  (Rafael Cisnero Lescay)
son Lien audio Mesami lo fe con tan  (Inconnu)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mesa mi lo fe con tan
Siyen ello te vini o
Dime li que firmó la paz
Pero la manie fallo
La bara cupe con tan
Si en ello te vini o
Dime li que firmó la paz
Pero la manie fay o
Apre la paz que mun qui va con pa
Familia tuye
La laye yo peye cri
E quiba cai sa
Union di mue
Lu tuye egalite
Union con pa yo pe con peli
Si a la hora fe pa con tan
Ninguno vaya peye li

Mezanmi lòd fè'm kontan
Siyen yo tè vini o
Di mwen li que firmo la paz
[64]
Pero
[65] la manyè fay o
La barak ou pe kontan
Siyen yo ote vini o
Di mwen li que firmó la paz
Pero la  manyè fay o
Apre la pè ke moun Kiba kon sa
Fanmi li a tiye
La laye
[66] yo peye kri
E Kiba kay sa
Unyon di mwen
Lou tiye egalite
Unyon kont pa si yo pèp kanpe li
Si alor fè pa kontan
Nil gou nou bay a pèye li

Mes amis l'ordre me rend heureux
Ils ont enfin signés
Je l'avais dit qu'ils signeraient la paix
Mais la manière a ses failles
Votre baraque
[67] peut être contente
Ils ont enfin signés
Je l'avais dit qu'ils signeraient la paix
Mais la manière a ses failles
Après que le Cubain eût obtenu la paix
(Après) le meurtre de son peuple
En dansant il paye crûment
[68]
Ça c'est le peuple cubain
C'est l'union, dis-moi
Beaucoup de tués pour l'égalité
L'union ne compte pas si le peuple la rejette
Alors s'il n'est pas heureux
Aucun goût il aura à la conserver


fugitifs

Esclaves fugitifs à Cuba, gravure fin XIXes., auteur inconnu.


On peut voir dans ce chant un parallèle entre la lutte anti-impérialiste et indépendantiste d'un côté et l'affranchissement de l'esclave qui ne veut plus « être attaché ».

We kongo wa coje la dos
(Regardez congos comment nous avons courus)
Compositeur : inconnu. Transmis par Rafael Cisnero Lescay de Cutumba

Chant de yuba

son Lien audio We kongo wa (Rafael Cisnero Lescay)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Wè kongo wa
Coje la dos
Dale li un parol m'ap fè pale
Wè kongo wa
Coje la dos
Dale li un parol m'ap fè pale
Li gaña piti met o qui pote

Ni ule noue pa menm
Li gaña pitit mèt o
Prend nu wè en si la
Mwen pa vle nue
O du Bondie

Wè kongo nou a
Kouri la di o
Di ale li moun pawol m'ap fè pale
Wè kongo nou a
Kouri la di o
Di ale li moun pawol m'ap fè pale
Lig gayant pitit mèt o ki bòde
[69]

Nil oule noue pa menm
Lig gayant piti mèt o
Prend nou wè en isi la
Mwen pa vle noue
O dou Bondie

Regardez congos[70]
Comment nous avons couru
Allez porter ces mots que je vais prononcer
Regardez congos
Comment nous avons couru
Allez porter ces mots que je vais prononcer
La ligue
[71] est gagnante
Ô, petits maîtres devant qui nous courbions l'échine
Aucun de nous voulons être noués
La ligue est gagnante ô petits maîtres
Nous faire prendre, nous verrons d'ici là
Je ne veux pas être noué
[72]
Ô doux Seigneur


fête de la tumba de Bejuco
Fête de la tumba de Bejuco, 2013  © Aracelys Aviles Suarez.

4.2 LA VIE DANS LA SOCIÉTÉ DE TUMBA FRANCESA


4.2.1 FÊTE ET ACTIVITÉS

Ce premier chant clame la fierté et l'optimisme face aux possibles adversités. La crainte exprimée peut être reliée aux interdictions de rassemblement dont pouvaient être victimes les sociétés, de la part des autorités coloniales au XIXe siècle. Nous avons trouvé peu de témoignages tangibles sur les premiers rassemblements festifs des "fransé", à l'époque où ils n'étaient pas encore constitués en "sociétés". Pour autant, on sait que les réunions esclaves autorisées dans le cadre de la plantation étaient réglementés à l'échelle du pouvoir politique local. Le ban de police de Santiago les autorise jusqu'à 20h et principalement les dimanches (cf. A. Renault, p. 360-61). En 1817, le propriétaire d'une plantation de Santiago et les participants à une fête créole non autorisée sont condamnés à de lourdes peines, de l'amende aux travaux forcés, ou à l'expulsion (Cf. "Una tempranía cofradía vodú en Santiago de Cuba", Olga Portuondo Zuñiga, Del Caribe N°55, 2011).


danse à la Casa Dranguet
Danse du pont (puente) pendant la séquence du mason, société La Caridad de Oriente, 2017 © Roberto Loo Vazquez pour la Casa Dranguet.

Jusqu'à 1880 et la loi d'abolition des cabildos de nation, les sociétés de tumba francesa ne sont pas reconnues par les autorités, même si en figurent certaines auparavant sur les registres épiscopaux[73]. Ces interdictions de rassemblement des sociétés de tumba francesa existèrent aussi dans la jeune République, de même que pour les comparsa carabali à Santiago de Cuba[74]. La presse locale justifie les interdictions de défiler par les troubles et échauffourrées que provoquaient les sorties de ces sociétés[75]. 

Novedad, no hay novedad
(Des nouvelles, il n'y a pas de nouvelles)
Compositeur : inconnu. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba
Chant de mason     

son Lien audio Novedad, no hay novedad (Cutumba)
son Lien audio Novedad, no hay novedad (La Caridad de Oriente)

Espagnol (Cuba)

Français

Novedad, no hay novedad
Arriba mi pueblo
No hay novedad

(Coro)
Novedad, no hay novedad
Arriba mi pueblo
No hay novedad

Trabajadores no hay novedad
Mi societe no hay novedad
Arriba mi pueblo pueblo no hay novedad

(Coro)
Novedad, no hay novedad
Arriba mi pueblo
No hay novedad

Des nouvelles, il n'y a pas de nouvelles[76]
N'ayez crainte mes amis
Il n'y a pas de nouvelles

(Choeur)
Des nouvelles, il n'y a pas de nouvelles
N'ayez crainte mes amis
Il n'y a pas de nouvelles

Travailleurs, il n'y a pas de nouvelles
Ma société, il n'y a pas de nouvelles
Venez mes amis, il n'y a pas de nouvelles

(Choeur)
Des nouvelles, il n'y a pas de nouvelles
N'ayez crainte mes amis
Il n'y a pas de nouvelles


Tambourinaire
Extrait de "Los Instrumentos de la Música Cubana" de Fernando Ortiz.

Un chant auto-descriptif d'une fête de tumba, l'entrée successive du catá appelant les tambours, premier puis boula, procurant le rassemblement du voisinage jusqu'à l'organisation de la danse.

De la tumba (De la tumba)
Compositeur : Celestino Borrero (1898- ?), société La Pompadour, Guantanamo.
Collectage: Olga Fernández Valdés, en 1979 (cf. bibliogaphie)
Genre non identifié


Espagnol (Cuba)

Français

De la tumba
El cat
á es instumento primero
Detr
ás le siguen los cueros
Que van marcando el compás
Se siente el dulce bulá
El trinar de los tambores
Y de sus alderedores
Todos acuden en masa
A ver el mayor de plaza
Que saca a los bailadores

De la tumba
Le cata est le premier instrument
Derrière lui, les peaux suivent
Qui marquent le rythme

On sent le doux boula
Le battement des tambours
Et de ses villageois
Tout le monde accourt en masse
Voir le maître de place
Qui fait sortir les danseurs



Les paroles de Société Florindo justifient une direction forte et sans relâchement de la société récréative et d'entr'aide pour éviter les dérives à craindre dans un milieu marqué par la pauvreté.


Societe Florindo
Compositeur : inconnu.Transmis par Rafael Cisnero Lescay, Cutumba
Chant d'introduction avant un mason

son Lien audio Societe Florindo (Maria Luisa Barrientos Garbey)
son Lien audio Societe Florindo (Rafael Cisnero Lescay)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Societe Florindo[77], Ay!
Si mue tamugui
Muna mandeso
La fronego

Ay societe la pleito la premie
Calixto mue bambose
Si mue tamugui
Muna mandeso
La fronego

La fronego

Sosyete Florindo ay!
Si mwen ta mou guid
M'ou nan mande sò
La frod nèg o          

Sosyete la prèt o la premie
Kalisto mwen mambo se
[78]
Si mwen ta mou guid
M'ou nan mande sò
La frod nèg o          

La frod nèg o          

Société Florindo, eh!
Si je te dirigeais plus souplement
Je vous le demande
Ici, de la fraude il y aurait, ô mon gars

Société, ô ma prêtresse, la première
Calixte, c'est ma mambo
[79]
Si je te dirigeais plus souplement
Je vous le demande
Ici, de la fraude il y aurait, ô mon gars

Ici, de la fraude il y aurait

 

Ibrahim Baque
Ibrahim Baqué Sagarra, composé de la Pompadour, Guantanamo. DR.

Sito dice[80] ("Sitôt dit" ou "Sixto dit")
Compositeur : Ibrahim Baqué Sagarra
Chant de mason

Le chant « Sito dice » témoigne de la plasticité de la tradition orale. En voici une version attribuée à Ibrahim Baqué Sagarra, composé de La Pompadour où le protagoniste objet d'une satire est nommé sous le nom de Sixto :


Sixto Reyes
Que li vle fe composé
Sixto Reyes
Que li vle fe composé
Sixto penye tet ou
                       Y vini chante apre
Sixto netoye soulye ou
                       Y vini chante apre

La version suivante, que tout indique être l'originale, est parfaitement logique, toujours connue localement.
Mais ce chant circule aussi à Santiago de Cuba, transmis par différente personnes liées à la tradition de tumba francesa (La Caridad) ou appartenant à des troupes folkloriques (Folklorico de Oriente, Cutumba) selon la version enregistrée transcrite ci-dessous. La lignée maternelle de l'interprète de l'enregistrement appartenait à la tumba disparue El Cocoyé et a par ailleurs longtemps appartenu au Ballet Folklorico d'Oriente.


son Lien audio Sito dice (Nancy Garcia Vinent & Galibata)
son Lien audio Sito dice (Rafael Cisnero Lescay)

Espagnol (Cuba)

Français

Dice sito[81] que quiere ser composé
S
ito dice que quiere ser composé
Sito peina tu cabeza
Y ven a bailar despues
Sito peina tu cabeza
Y ven a bailar después

Sitôt dit qu'il voudrait devenir composé[82]
Sitôt dit qu'il voudrait devenir composé
Sitôt, peignes-toi déjà la tête
Et viens donc ensuite danser
Sitôt, peignes-toi déjà la tête
Et viens donc ensuite danser




Couple de danseurs de La Pompadour, années, 1976 © Barban.

Le composé est un personage central des tumbas francesas, il ou elle écrit les textes conformément aux codes de la tradition et les chantent en soliste. Autrefois il fallait improviser lors des controverses. On ne s'improvise pas composé, il faut avoir fait ses preuves et passer des étapes. Il faut aussi avoir la prestance et le paraître d'un personnage central de la fête. Une fois que le personnage aura obtenu l'apparence digne de la fonction centrale de composé, il pourra venir danser ('bailar" dans la version de Santiago) ou chanter ("cantar" dans la version de Guantanamo) le dernier cas étant  conforme à la fonction de chanteur soliste -outre d'auteur/compositeur- du composé. Peut-être le sens de la version de Santiago est que même ainsi ce ne sera toujours pas suffisant pour prétendre à être composé!

Bel vasay mue
(Mes fidèles vassaux)
Compositrice :  Ernestina Lamot Vegué, société La Pompadour, Guantánamo.
Chant de mason

Introduction de soirée, chant de bienvenue.

son Lien audio Bel vasay mue (Amado Gonzales Duruthy & La Pompadour)

Danseuse
Iliana, danseuse de La Caridad, 2017 © Nicola Lo Calzo.

Le texte suivant met en résonnance la qualité vestimentaire nécessaire aux danses de figure de la tumba francesa et la promenade où on se montre à son avantage avec un souci d'élégance et de bonne apparence, comme en témoigne le détail aujourd'hui bien désuet de la montre à gousset. Il commence par des civilités où il n'est pas indifférent d'employer des mots français, signe de bonne éducation. On retrouve ce thème de la bienséance plus loin dans un autre chant de bienvenue : Mue rive yo di la et son "bonsoir".

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mesa mi
           
Bonsoa
Cuman uye?
           
Bien
U contan?
           
Ui
Nu pral feyo bel mason
Con nu tu danse
Pu nu tu con vo que
U contan?
           
Ui
Bel vasay
mue nu pu ale promene
Bel vasay mue nu pu ale promene
Nou soti la monta bui
           
Nu pu ale promene
Nu pase por la cai cuman
           
Nu pu ale promene

Mes zanmis
                       Bonswa
Kouman ou ye?
                       Byen
Ou kontan?
                       Wi
Nou pral fè yon bèl mason
Kon nou tou danse
Pou nou tou konvoke
Ou kontan?
                       Wi
Bèl zanmi mwen nou pou ale pwomene
Bèl zanmi mwen nou pou ale pwonene
Nou sòti la mont a bou wi
                       Nou pou ale pwomene
Nou pase por
[83] la kay kouman
                       Nou pou ale pwomene

Mes amis
                       Bonsoir
Comment allez vous ?
                                   Bien
Etes vous contents ?
                                   Oui
Nous allons faire un beau mason
[84]
Comme nous tous danser
Pour nous tous convoqués
Etes vous contents ?
                                   Oui
Mes vassaux
[85] nous nous en allons promener
Mes vassaux nous nous en allons promener
Nous avons sorti la montre à gousset
[86]
                               Pour s'en aller nous promener
Nous passerons par la maison comment?
                              
En allant nous promener



Cucú, composé de Guantanamo
Angel  Videaux Terry "Cucú" . Percussionniste de La Pompadour.

Sur la même mélodie que le texte précédent, le composé nous conte ici son envie de voyager. Il est fréquent que la même mélodie serve à plusieurs textes, surtout s'il s'agit d'inventer sur le moment. L'usage de l'espagnol renforce l'idée que le composé puise dans une série de phrases préparées dont il définit l'ordre au dernier moment. Cet exercice proche de l'improvisation nécessite une parfaite connaissance de la langue, il sera plus aisé de le réaliser dans la langue la plus usuelle.

Mañana me voy (Demain je m'en vais)

Compositeur : Juan Gualberto Vichi Gibert « Bebé » (né en 1918), société La Pompadour, Guantanamo
Chant de mason

son Lien audio Mañana me voy

Castillan

Français

Bien temprano mañana yo me voy
Ay tempranito mañana yo me voy
Yo me voy pa' Nicaragua
Mañana yo me voy
Ay por la mañana temprano

Mañana yo me voy
Eh, yo me voy para Tiragüa

Mañana yo me voy
Mañana yo voy pa' Francia
Mañana yo me voy
Ay yo me voy pa' La Habana
Mañana yo me voy
Yo me voy para Matanza
Mañana yo me voy
Yo me voy para Baracoa
Mañana yo me voy

De bonne heure demain je m'en vais
De très bonne heure demain je m'en vais
Je m'en vais pour le Nicaragua
Demain je m'en vais
Demain matin de bonne heure
Demain je m'en vais
Hé, je m'en vais pour Tiragua
Demain je m'en vais
Demain je pars pour la France
Demain je m'en vais
Je m'en vais pour La Havane
Demain je m'en vais
Je m'en vais pour Matanzas
Demain je m'en vais
Je m'en vais pour Baracoa
Demain je m'en vais


Guantanamo années '70
Société La Pompadour, Guantanamo, années '70. DR.

Chant de début de soirée, après la présentation de la cour[87] au public et les politesses d'usage.

Mesami o ay fet pe cumanse[88] (Le spectacle peut commencer)
Compositrice : Ernestina Lamot Vegué, société La Pompadour, Guantanamo.
Chant de mason

son Lien audio Mesami o ay fet pe cumance (Amado Gonzales Duruthy & La Pompadour)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mesa mi o ay fet pe cumanse
Mesa mi o ay spectac pe cumanse
Ay fet pe cuman se
Mesa mi a nu danse

Mes zanmis o ay fèt pe kòmanse
Mes zanmis o ay fèt pe kòmanse
Ay fèt pè kòmanse
Mes zanmis a nou danse

Ô mes amis, ah, la fête peut commencer
Ô mes amis, ah, la fête peut commencer
Ah, la fête peut commencer
Mes amis à nous de danser



Ponpadou
(Pompadour)
Compositeur :
Emiliano Castillo Guzmán (Chichi). Société La Pompadour, Guantanamo

son Lien audio Ponpadou (Emiliano Castillo Guzman)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Tumba France Ponpadou
Ponpadou na France
Ponpadou na Afrik
Ponpadou na Cuba
Ponpadou na Ayití
Nou tou isit
Nou selebre li
Nan sosyete nou
Pun pun pata
Pun pun pata pata
Mason ki poute
Li nanke nou
Yuba ki tou you
Na nan la vie nou
Frente ki rete
Nan pie nou
Mesie ki danse 
Vole pouse
Premier ki bat tanbou
Pru pru pra pra
Putun pata pata pata
Tumba France Ponpadou
Santa Catalina da Ricci

Tumba France Ponpadou
Ponpadou nan France
Ponpadou nan Afrik
Ponpadou nan Cuba
Ponpadou nan Ayití
Nou tou isit
Nou selebre li
Nan sosyete nou
Pun pun pata
Pun pun pata pata
Mason ki pou ou te
Li nan ke nou
Youba ki tou youn
Nan la vi e nou
Frente ki rete
Nan pye nou
Mesie ki danse 
Vole pouse
Premie ki bat tanbou
Pru pru pra pra
Putun pata pata pata
Tumba France Ponpadou
Santa Catalina da Ricci

Tumba Francesa Pompadour
Pompadour de France
Pompadour d' Afrique
Pompadour de Cuba
Pompadour d' Haïti
Nous sommes tous ici
Nous allons la célebrer
Dans notre société
Pun pun pata
Pun pun pata pata
Le mason est pour vous
Il est dans notre coeur
Le yuba qui est un tout
Dans notre vie
Le frente qui nous habite
Jusque dans nos pieds
Monsieur qui danse 
Vole, pousse
Le premier
[89] qui bat le tambour
Pru pru pra pra
Putun pata pata pata
Tumba Francesa Pompadour
Santa Catalina da Ricci



Andrea Quiala Venet
Andrea Quiala Venet, présidente de La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba, 2009 © D.Mirabeau.

Le texte suivant dicte les règles de bienséance en société, où l'incompréhension de la langue ne doit pas être un frein à la politesse.

Mue rive yo di la (Il m'arrive de dire)
Compositeur : Luis Garzón[90]. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba
Chant de mason

son Lien audio Mue rive yo di la (Andrea Quiala Venet)
son Lien audio Mue rive yo di la (Andrea Quiala Venet & La Caridad)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue rive yo di la
Pu mue saluda vasallos mue
Va sa ya mue bonsoa
Si nu pa comprend
Que parol mafe
Pale nu la
Respondan
Digan bonsoa


Yo lo lo lo, yo lo lo lo, yo lo lo
Yo lo lo lo, yo lo lo lo
Yo lo la

Mwen rive yo di la
Pou mwen salwe vasal yo mwen
Va eseye mwen bonswa
Si ou pa konprann
Ke pawòl m'ap fe
Pale m'ou la
W'lès ponn dan
M' di gan bonswa

Yo lo lo lo, yo lo lo lo, yo lo lo
Yo lo lo lo, yo lo lo lo
Yo lolo la

Il m'arrive de dire
Pour saluer mes sujets
[91]
D'essayer "bonsoir"
Si vous ne comprenez pas
Que ce je vous dis
Pour m'adresser à vous
Permettez-moi d'insister
De vous dire un grand "bonsoir"

Yo lo lo lo, yo lo lo lo, yo lo lo
Yo lo lo lo, yo lo lo lo, yo lo lo
Yo lolo la


Compagnie Babul
Babul, Guantanamo, 2017 © L. Escalona Furones.

Dans la même veine que le chant précédent, où les salutations -expression d'une valeur des sociétés de tumba francesa : la civilité-  sont la base des bonnes relations.

Buenos dias como estas?
(Bonjour comment allez-vous?)
Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez, Conjunto Folklorico Babúl, Guantanamo
Chant de mason

 
son Lien audio Buenos dias como estas? (Orlando Aramis)

Espagnol (Cuba)

Français

Ay compañeros
Buenos dias como estan ?
Ay compañeros
Buenos dias como estan ?
La tradicion de mi pueblo
Buenos dias como estan ?
Tradición guantanamera
Buenos dias y como estan ?

Hé,mes amis
Bonjour comment allez-vous?
Hé, mes amis
Bonjour comment allez-vous?
La tradition dans mon village
Bonjour comment allez-vous?
De tradition à Guantanamo
(Je te dis) bonjour et comment allez-vous ?



Estrellas campesinas
Groupe de changüi Estrellas Campesinas, Guantanamo, années '90. DR.

La mélodie de la chanson suivante est un patron qui est souvent utilisé par les composé pour leurs créations[92]. Le sujet ici est la fête de changüi, l'un des genres musicaux les plus populaires à Guantanamo. La connivence entre le composé et les joueurs de changüi s'explique également par des relations de voisinages. En effet, la Casa del Changüi se situe en face du foyer de La Caridad.

Compañeros cuando yo sale de aqui
(Compagnon quand je sortirais d'ici)
Compositeur : inconnu. Societe La Pompadour, Guantanamo
Chant de mason

 
son Lien audio Compañeros cuando yo sale de aqui (Société La Pompadour)

Espagnol (Cuba)

Français

Compañeros cuando yo sale de aqui
Compañeros cuando yo sale de aqui
Yo me voy con los muchachos
          Pa' la peña del changüi
Ay, yo me voy con toda la gente
         Pa' la peña del changüi
Me lleva Nin y Mendoza
         Pa' la peña del changüi
Llleva Nino Marimba
         Pa' la peña del changüi
Yo me voy con el Tabera
         Pa' la peña del changüi

Mes amis quand je sortirai d'ici
Mes amis quand je sortirai d'ici
Je m'en irai avec les petits
A la fête du changüi
Ah, je m'en irai avec vous tous
A la fête du changüi
J'amènerai Nin et Mendoza
A la fête du changüi
J'amènerai
Nino Marimba
A la fête du changüi
J'irai avec Tabera
A la fête du changüi


Préparation au frente

Préparation à la danse du frente, Bejuco 2013 © Aracelys Aviles Suarez.


Les fêtes de la tumba francesa cherchent la precision chorégraphique et il est y est de la première importance de faire les bon choix de style (mason, yuba, frenté) au moment adéquat. Et le fait d'être à Bejuco en pleine campagne n'y change rien!

Vye mama lape mande yuba
(L'ancienne nous demande un yuba)
Compositeur : Dioniso Lamot Robles[93]. Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de yuba

son Lien audio Vye mama lape mande yuba (Elivania Lamot Robles)
son Lien audio Vye mama lape mande yuba 2 (Tumba francesa de Bejuco)

Patois cubain

Créole haïtien

Français

Vye mamá[94] la pe mande yuba
Yuba fam la
Mue yuba nom la
Mi mamá la pe mande yuba ae
O rua yo, mue mande yuba e e

Vièj manman nap' e mande youba
Youba fanm la
Mwen youba nonm la
Men manman li ape mand e youba ae
O wa yo mwen mande youba e e

L'ancienne nous demande un yuba
Un yuba pour les femmes
Mon yuba pour les hommes
La vieille nous demande un yuba
O ciel
[95], elle me demande un yuba, e eh!



La Pompadour par Céline Malarange

La Pompadour © Céline Malarange / Ritmacuba.


On entre ici plus précisément dans le respect des codes et les exigences de présentation demandées aux aux participants des danses de figure avec leur dimension théâtrale, selon le rang et le rôle dévolu. Sous réserve de recherches ultérieures, on peut présumer d'une ancienneté particulière de ce chant.

Pu entre dan sosiete (Pour rentrer dans la société)
Auteur & compositeur inconnus, société de Bejuco
Chant de mason 

son Lien audio Pu entre dan sosiete (Tumba francesa de Bejuco)
son Lien audio Pu entre dan sosiete 2 (Tumba francesa de Bejuco)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Pu entre dan sosiete
Pu mande cote vasal
[96] layé
Pu entre dan sosiete

Pu mande cote vasal layé
Vasallo te prepare
Te prepare pu bien danse
Vasallo te prepare
Te prepare pu bien danse

A la madam a la madam e
A la mand a muo
A la madam a la mandam e
A la mandam ou o

Vasallo e te prepare
Te prepare pu bien danse
Vasallo e te prepare
Te prepare pu bien danse

Pou antre dan sosyete
Pou mande kote vasal a ye
Vasal yo te
[97] prepare
Te prepare pou byen dans e
A la madanm a la madanm e
A la amand a m'ou o
Vasal yo te prepare
Te prepare pou byen dans e

A la madanm a la madanm e
A la mand a muo
A la madanm a la mandanm e
A la mand a muo

Vasal yo te prepare
Te prepare pou byen dans e
Vasal yo te prepare
Te prepare pou byen dans e

Pour rentrer dans la société[98]
Pour demander à devenir un vassal
Pour rentrer dans la société
Pour demander à devenir un vassal
Les vassaux étaient préparés
Etaient préparés pour danser correctement
Les vassaux étaient préparés
Etaient préparés pour danser correctement

Ah là là Madame, ah là là Madame!
A l'amende ô je vous mets
Ah là là Madame, ah là là Madame!
A l'amende ô je vous mets

Les vassaux étaient préparés
Etaient préparés pour danser correctement
Les vassaux étaient préparés
Etaient préparés pour danser correctement


préparation à la fête

Elivania Lamot Lara (au centre) et les choristes de Bejuco en préparation vestimentaire pour la fête de tumba francesa © 2013 Aracelys Aviles.


Les traditions doivent être respectées au sein de la société de tumba francesa. Toute innovation peut être vu comme un relâchement ou faute de goût.

Mue mande yo kouman a fe sa e (Je demande, comment font-ils cela?)
Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de yuba

son Lien audio Mue mande yo kouman (Elivania Lamot Lara)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue mande yo cuman na fe sae
Mue mande yo cuman na fe sae
Ay mujeres que no tienen se so corporar
Mue mande yo cuman na fe sae
Pitit moun yo toca misik yo
Yo di m' consa
Yo baila sa gan gou yo
Pitit moun yo toca chacha
Yo di m' consa
Ay mujeres que no tienen se so corporar
Ay mue mande
Ay mujeres que no tienen se so corporar
Mue mande yo cuman na fe sae

Mwen mande yo kouman nan fe sa e
Mwen mande yo kouman nan fe sa e
Ay fanm ki pa genyen nanm nan kó
Mwen mande yo kouman nan fe sa e
Pitit moun yo jwe mysik yo
Yo di m' konsa
Yo danse sa k'nan gou.yo
Pitit moun yo jwe chacha
Yo di konsa
Ay fanm ki pa genyen nanm nan kó
Ay mwen mande
Ay fanm ki pa genyen nanm nan kó
Mwen mande yo kouman nan fe sa e

Je me demande, comment cela est-ce possible ?
Je me demande, comment cela est-ce possible ?
J'ai vu des femmes qui n'ont aucune âme[99]
Je me demande, comment cela est-ce possible ?
Leurs petits jouent leur musique
Je leur dis :

Hélas, comment peut-on danser comme cela ?
Leurs petits jouent les cha-cha
Je leur dis :
Hélas, ces femmes dansent sans âme
Je me demande
Hélas, ces femmes dansent sans âme
Je me demande, comment cela est-ce possible ?


Paraître à son avantage peut mener tout droit au chant de séduction où le séducteur ne se prive pas de jouer malicieusement avec les mots.

Maria Luisa[100]
Compositeur : inconnu. Transmis par Rafael Cisnero Lescay & Cutumba
Chant de mason

son Lien audio Maria Luisa (Rafael Cisnero Lescay)
son Lien audio Maria Luisa (Cutumba)

Espagnol (Cuba)

Français

Ay Maria Luisa pone en hora tu reloj
Ay Maria Luisa pone en hora tu reloj
Tu dices que son las una
                                              
Yo digo que son las dos
Maria Luisa hace una risa
                                              
Yo digo que son las dos

Eh, Marie Louise, mets donc ta montre à l'heure
Eh, Marie Louise, mets donc ta montre à l'heure
Tu dis qu'il est une heure
                                        Je te dis que deux heures ont sonnées
Marie Louise fais-moi un sourire
                                        Je te dis que deux heures ont sonnées


Emiliano Castillo

Emiliano Castillo Guzman "Chichi", années '90. DR.


Ce chant témoigne des actuels évènements où les trois sociétés de tumba francesa[101] se réunissent pour faire la fête.

Gran Anivese
(Le grand anniversaire)
Compositeur & auteur : Emiliano Castillo Guzmán, société La Pompadour, Guantánamo

Chant de mason

Pas de lien audio

 

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Anne sa a
Nou sonje
Yon gran anivese
Sosiete nou
Anne sa a
Nou selebre li
                       Yon gran anivese
                       Sosyete nou
Nan Ponpadou
Vini vizite nou
Nan sosiete Bejuco
Nan La Caridad

Nan Ponpadou
Nou selebre li
                       Yon gran anivese
                       Sosyete nou
Nan monn kabri
Nou selebre li
                       Yon gran anivese
                       Sosyete nou

Ane sa la
Nou sonje
Yon gran anivèse
Sosyete nou
Ane sa la
Nou selebre li
                       Yon gran anivèse
                       Sosyete nou

Nan Ponpadou
Vini vizite nou
Nan sosyete Bejuco
Nan La Caridad

Nan Ponpadou
Nou selebre li
                       Yon gran anivèse
                       Sosyete nou

Nan monn kabrit
Nou selebre li
                       Yon gran anivèse
                       Sosyete nou

Cette année
Nous songeons
A un grand anniversaire
Pour notre société
Cette année
Nous allons la célebrer
                                   Un grand anniversaire
                                   Dans notre société

Dans la Pompadour
Venez faire une visite
Dans la sociéte de Bejuco
Dans la Caridad

Dans la Pompadour
Nous allons célebrer
                                   Un grand anniversaire
                                   Dans notre société

A la Loma del Chivo[102]
Nous allons faire la fête
                                   Un grand anniversaire
                                   Dans notre société


Andrea Quiala Venet 2012

Andrea Quiala Venet après une représentation de tumba francesa, 2012 © Daniel Chatelain/Ritmacuba.


Dans cette chanson, Andrea Quiala Venet, la compositrice, nous raconte ses souvenirs familiaux. Elle cite des noms associés à d'anciennes exploitations caféicoles. Nous voyons ici que la tumba francesa a été un genre indissociable de la route du café, une manifestation culturelle pas uniquement implantée à proximité des zones urbaines. Il existait dans ces fêtes une véritable compétition entre les chanteurs solistes, tel que dans les controversias campesinas. Le texte suivant nous indique également des bribes d'un autre élément: le caractère véhiculaire de certains chants, servant à agrémenter le trajet pédestre du cortège se rendant à une fête de tumba francesa.

Salimos desde Palmar
Compositrice : Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente. Transmis par Andrea Quiala Venet
Chant de mason

son Lien audio Salimos desde Palmar (Andrea Quiala Venet)

Espagnol (Cuba)

Français

Salimos desde Palmar[103]
Entramos en la finca del Limonar[104]
Salimos desde Palmar
Entramos en la finca del Limonar

Amigos si yo le cuento
Lo que paso en este lugar
Los ruiseñores
Salieron cantando y yo me quedé
Ver le sa da
Ese es un pajo que canta bonito
Ese es un pajo que canta bonito

Amigos si yo le cuento
Lo que paso en el lugar
Salieron cantando y yo me quedé
Ver le sa da

Le, ole, yo lele
Ole yo lo lele lole lola
Ole, ole, yo lele
Ole yo lo lele lole lola

Nous sortions depuis Palmar
Pour entrer dans la ferme de Limonar
Nous sortions depuis Palmar
Pour entrer dans la ferme de Limonar

Mes amis, si je vous raconte
Ce qu'il se passa dans cet endroit
Les rossignols[105]
Sont sortis en chantant et je me suis arrêté
Pour voir ce qu'ils donnaient
Ça c'est un oiseau qui chante bien
Ça c'est un oiseau qui chante bien

Mes amis, si je vous raconte
Ce qu'il se passa dans cet endroit
Ils sont sortis en chantant et je me suis arrêté
Pour voir ce qu'ils donnaient

Le, ole, yo lele
Ole yo lo lele lole lola
Ole, ole, yo lele
Ole yo lo lele lole lola


Les trois sociétés de tumba francesa actuelles se réunissent de manière plus ou mois régulière, au gré de rencontres provoquées pour un festival, une étude ethnographique, la réalisation d'un documentaire. Ce sont, au dire de leurs membres, des moments très appréciés qui marquent l'ensemble des participants. Ces rencontres donnent parfois l'occasion de créer des chansons pour la circonstance.

Sosyete La Caridad
Compositrice : Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente. Transmis par Andrea Quiala Venet
Chant de mason

son Lien audio Sosyete La Caridad (Andrea Quiala Venet)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Societe La Caridad
Ay nu tande sa nu pe ri
Societe La Caridad
Ay nu tande sa nu pe ri
Tralali tralala
Viva La Caridad

La union es buena
En todo y en cualquier lugar
Union fraternidad para esta sociedad
Viva La Caridad

Sosyete La Caridad
Ay nou tande sa nou pe ri
Sosyete La Caridad
Ay nou tande sa nou pe ri
Tralali tralala
Viva La Caridad

[106]La union es buena
En todo y en cualquier lugar
Union fraternidad para esta sociedad
Viva La Caridad

Société La Caridad
Ay, vous entendez comment cela nous met en joie?
Société La Caridad
Ay, vous entendez comment cela nous met en joie?
Tralali tralala
Vive La Caridad!

L'union est une bonne chose
Dans tout et quel que soit le lieu
Union et fraternité pour cette société
Vive La Caridad!



Deux reines, La Pompadour

Société La Pompadour. de gauche à droite: Freddy Martínez Brooks, Leonor Terry Dupuis, Ofelia Jarrosay, années 2000. DR.


Le chant suivant est une variante sur le précédent.

Guantanamo el mana
Compositeur : inconnu.
Chant de mason

son Lien audio Guantanamo el mana (Andrea Quiala Venet & La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Societe Guantánamo
Ay m'ou tande, sa n'a pedi nu
Societe Guantánamo
Ay m'ou tande, sa n'a pedi nu
Tralali, tralala
Guantánamo el maná[107]
La union es buena en todo
Y en cualquier lugar
Union felicidad para las dos sociedad
Guantánamo el maná

Sosyete Guantanamo
Ay m'ou tande, sa n'a pedi nou
Sosyete Guantanamo
Ay m'ou tande, sa n'a pedi nou
Tralali, tralala
Guantanamo el mana
La union es buena en todo
Y en cualquier lugar
Union felicidad para las dos sociedad
Guantánamo el maná

Société de Guantanamo
Hé, écoutez ce que nous avons à dire
Société de Guantanamo
Hé, écoutez ce que nous avons à vous dire
Tralali, tralala
Guantanamo le « mana »
L'union en toujours une bonne chose
Et où que ce soit
Union et joie pour les deux sociétés
Guantanamo le « mana »




La Caridad
Société La Caridad en représentation, années '90, D.R.

Si on suivait l'avis de la famille Venet Danger, ce chant étant de tahona et non de tumba francesa, ne devrait pas figurer ici. En même temps cette famille a fait un travail de récupération de la tradition de la tahona et présente celle-ci dans son local, avec entre autres la danse de la cinta. Bien sûr cette récupération ne doit rien au hasard, les danses de salons de la tumba francesa et les déambulations de tahona provenant de la même communauté, avec les mêmes caractéristiques linguistiques. Il n'y a ni tahona ni cinta dans les tumbas francesa de Guantanamo & Bejuco.

Adios mis amigos (Adieu mes amis)
Compositeur : José Rufino Venet.
Chant de tahona

son Lien audio Adios mis amigos (Andrea Quiala Venet & La Caridad de Oriente)

Espagnol (Cuba)

Français

Adios mis amigos
Ya no'vamo' a retirar
Adios mis amigos
Ya no'vamo' a retirar
Hasta el año venidero
Que no'vuelve a encontrar
El año que viene
Si no hay novedad
Nou reuniré mi tumberos
Volveremos por acá

Adieu mes amis
Maintenant nous allons nous retirer
Adieu mes amis
Maintenant nous allons nous retirer
Jusqu'à l'année à venir
Nous reviendrons pour la rencontre
L'année prochaine
Si il n'y a pas de nouvelles
[108]
Nous réunirons nos tambourinaires
Et reviendrons par ici


Danse de la cinta

Danse de la Cinta, La Caridad, Santiago de Cuba © René Silveira.


Là où il est encore question de la danse de la cinta, originaire des groupes itinérant de tahona. La Caridad l'a intégré à son répertoire, en évitant par cela la disparition du genre. L'auteure préfère le castillan au créole pour que la chanson soit entendue par le plus grand nombre.

Ven mi morena
Compositrice : Andrea Quiala Venet , société La Caridad de Oriente. Transmis par Andrea Quiala Venet

Chant de tahona

son Lien audio Ven mi morena 1 Andrea Quiala Venet solo (documentaire d'Olaf Geisler 2016)
son Lien audio Ven mi morena 2 Andrea Quiala Venet avec La Caridad de Oriente (2006)


Espagnol (Cuba)

Français

Ven mi morena nos vamos a bailar
Ven mi morena nos vamos a gozar
Morena si quieres ir a bailar
Que ya la rumba va a comenzar, oyé !
Trajemos la cinta[109] para tejer
Hacemos un toune[110] para pasar
Morena si quieres ir a bailar
Que ya la rumba[111] va a comenzar, oyé !

Viens ma métisse nous allons danser
Viens ma métisse nous allons nous faire plaisir
Métisse si tu veux aller danser
C'est maintenant, la rumba va commencer !
Nous portons le mât à rubans pour tresser
Nous faisons des tours pour passer
Métisse si tu veux aller danser
C'est maintenant, la rumba va commencer !


tambourinaires de La Pompadour '70

Tambourinaires de La Pompadour, années 70: Emeregildo Videau Cucú (tamborita), Chicote (cata), Ibrahim Baqué, Mandinga, Sayou (tumbas).


Chant d'ironie amère sur le manque de réprocité. Si vous utilisez tous mes talents êtes-vous prêts à m'écouter quand c'est moi qui ai des besoins. Le composé ne se prive pas au passage de faire étalage de ses nombreuses capacités ! Une critique de ceux qui oublient le caractère d'entr'aide des sociétés de tumba.

Se mue
(C'est moi)
Compositeur : Pelayo Terry, société La Pompadour, Guantánamo. Transcrit par Elisa Tamamés[112].
Chant de yuba


Pas de lien audio

Créole cubain et espagnol (Cuba) (graphie Elisa Tamames)

Créole haïtien

Français

Ay Pelay cum auyé
Aquí luchando señores
Ma pé lucha
Lo pa vle ue mué

Al falta de un catayé
Se mué
Al falta de un tocador
Se mué
Al falta de un bulayé
Se mué
Al falta de un buen cantor
Se mué
Ma pe luchà a ve yo
No me quieren ver

Ay Pelay kouman w ye?
Dwa isit la nan mesye travay
M'ap travay
Lòt pa vle we mwen

Ay Pelayo, comment ça va?
Je suis là, au travail, les gars
Au travail
Les autres ne veulent pas me voir

S'il manque un catayé[113]
C'est moi
S'il manque un soliste
C'est moi
S'il manque un bulayé[114]
C'est moi
S'il manque un bon chanteur
C'est moi
Mais quand c'est moi qui ai des problèmes
Les mêmes ne veulent pas me voir



Le nom de cette partie rythmique de la yuba (yuba cobrero) parait intimement lié avec le sens du texte ci-dessous.

Cobrero est un cubanisme désignant une personne apte à prêter de l'argent, ou usurier. Pour aller à la fête de la tumba ce participant demande à l'usurier de lui prêter de l'argent pour pouvoir tenir son rang pour avoir par exemple un costume de bon niveau.

Après la Révolution, cette question n'a plus été posée dans les mêmes termes, la pratique fut d'avoir des costumes fabriqués à partir de tissus délivré par les instances culturelles municipales, à l'instar par exemple des groupes de carnaval.

Gilberto Adez Quiala
Gilberto Adez Quiala, danseur & percussionniste de La Caridad, 2017 © Nicola Lo Calzo.

Mue pale balinche (Je ne vais pas au bal l'air riche)
Ballet Folklorico Cutumba, Santiago de Cuba
Partie cobrero de la yuba

son Lien audio Mue Pale balinche (Cutumba)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue pale balinche
Mue pale balinche
Mue pale balinche
Ay ye ki ye de mue
Ye ye ye
Ye ye ye
 Ay ye ki ye de mue

Mwen pa ale an bal rich è
Mwen pa ale an bal rich è
Mwen pa ale an bal rich è
Ay ye li kriye èd mwen
Ye ye ye
Ye ye ye
Ay ye li kriye èd mwen

Je ne vais pas au bal l'air riche
Je ne vais pas au bal l'air riche
Je ne vais pas au bal l'air riche
Hélas, il le supplie "aides-moi"
Hélas, hélas, hélas
Hélas, hélas, hélas
Hélas, il le supplie "aides-moi"


La chanson suivante est une variante sur le texte et la mélodie de la précédente. Aucun élément ne nous permet de définir laquelle serait à l'origine de l'autre. Andrea Quiala Venet nous donne sa signification ce court chant en disant: "Le chanteur dit qu'il va enlever les mauvaises herbes de son chemin". Il faut le prendre au sens figuré, car l'aide de Dieu est sollicitée. Peut être faut-il comprendre le texte sous l'angle du danseur soliste s'apprêtant à exécuter le frenté. Il se donne du courage et implore l'aide divine. La séquence du cobrero est courte et fait le lien entre le yuba, danse collective, et le frenté, danse individuelle et masculine. C'est donc au moment du cobrero que le danseur se prépare à réaliser sa performance, à se montrer le plus brillant possible dans le frenté.

Ma pua le balise
Compositeur : inconnu. Transmis par Andrea Quiala Venet
Partie cobrero de la yuba

son Lien audio Ma pua le balise(Andrea Quiala Venet)
son Lien audio Ma pua le balise (Andrea Quiala Venet & La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ma pua le balise
Ma pua le balise
Ma pua le balise
Bondie valide mue
Lay la la la
Lay la la la
Lay la la la
Ay Bondie valide mue

M'ap pou ale balize
M'ap pou ale balize
M'ap pou ale balize
Bondye valide mwen
Lay la la la
Lay la la la
Lay la la la
Ay Bondye valide mwen

Je vais défricher
Je vais faire place nette
Je vais défricher
Dieu aidez-moi
Lay la la la
Lay la la la
Lay la la la
Ah Dieu aidez-moi!


L'indifférence où se trouve plongée une reine vieillissante et sa rancoeur face à ce manque de reconnaissance

Mue mande cote secret mua ye
(Je me demande où est passé mon secret d'hier)
Compositeur : inconnu
Chant de mason

son Lien audio Mue mande cote secret (Andrea Quiala Venet & La Caridad)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue mande
Cote secret a mua ye
Ay mue pa ue li
Mue mande
Cote secret a mua ye
Ay pa ue li

Pale la ba vasay mue
Li gañe pa la indiferans o
Pa la se mal so mue
Pale se manton pa di u conte
Dire li a
Yo lolo lole lole
Yo lolo lole lole
Yo le lola

Mwen mande
Kote sekrè a mwen aye
Ay mwen pa wè li
Mwen mande
Kote sekrèt a mwa ye
Ay mwen pa wè li

Pale laba bèl vasay mwen
Li ganye pa la indiferans o
Pa la se mal so mwen
Pale se m'antan pa di ou konte
Dire li a
Yo lolo lole lole
Yo lolo lole lole
Yo le lola

Je me demande
Où est mon secret de jadis
Ah, ils ne me voient pas
Je me demande
Où sont est passé mon secret de jadis
Ah, ils ne me voient pas

Je parle à nos chers vassaux[115]
Ils m'ignorent
Quel mauvais sort s'est abattu sur moi?
Je leur parle ils ne m'entendent pas, je vous le dis
Dites leur!
Yo lolo lole lole
Yo lolo lole lole
Yo le lola


La notion d'argent est souvent présente dans le champ sémantique de la séquence du cobrero. L'utilisation de ce mot est aussi lié au rapport entre l'emprunteur et l'usurier .

Mamarracho
(Fêtard)
Compositeur : inconnu.Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez, Conjunto Folklorico Babul, Guantanamo
Chant de cobrero

son Lien audio Mamarracho (Orlando Aramis Brugal Suarez)

Créole cubain

Français

Mamarracho[116] paga tua pa mue
O mamarracho paga tua pa mue
Paga tua pa mue
Paga tua pa mue
Tonbe lajan

Fêtard, paies pour moi
Allez fêtard, paies pour moi
Paies pour moi
Paies pour moi
Lâches tes sous



Monte Rus
Paysage de Monte Rus. Le nom d'origine est Monte Taurus. Mont Rouge est une réinterprétation du nom...

En utilisant le néologisme cumbanchando, issu du verbe cumbanchar, l'auteur nous invite à prendre du bon temps et faire la fête. Le nom de famille du composé, Daudinot a été installé dans la région par un Français du Béarn installé en 1809 grâce à une nationalité espagnole acquise dans des activités madrilènes et à une amitié avec le grand investisseur venu de Saint-Domingue, Prudent Casamajor, plus connu comme Prudencio Casamayor, également d'origine béarnaise. Quatre fils et une fille de ce Daudinot ont été propriétaires de caféières sur les flancs de Monte Rus (et, peut-être, sur la zone proche de Bayate), en compagnie d'autres familles (Heredia Girard...).

Cumbanchando (Parti faire la fête)
Collectage Elisa Tamames (cf. bibliographie)
Composé : Higinio Eugenio Daudinot, société La Pompadour (Guantanamo)
Chant de mason


Espagnol (Cuba)

Français

Cumbanchando
Cumbanchando con los dos
Cumbanchando con los tres
Dime dónde estabas tú
Dime dónde estabas tú
Cumbanchando con el uno
Cumbanchando con los tres
Cumbanchando, cumbanchando

Parti faire la fête
Parti  faire la fête avec ces deux
Parti faire la fête avec ces trois
Dis-moi, où étais-tu ?
Dis-moi, où étais-tu ?
Parti  faire la fête avec ce premier
Parti  faire la fête avec les trois
 Parti  faire la fête, faire la fête



Là encore, les verbes sundungear et mundungear sont des néologismes. Le narrateur invite une fille a faire la fête, ou à prendre du bon temps, avec un double-sens à peine voilé. L'aspect répétitif du texte laisse supposer une mélodie gaie sur laquelle le composé se laisse aller à improviser en privilégiant les allitérations.

Vamos a sundungear (Allons faire la fête)
Compositeur : Pelayo Terry, société La Pompadour, Guantanamo.
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)
Chant de mason


Espagnol (Cuba)

Français

Ay, vamos a sundungear*
Te gustas sundungear
Vamos a sundungear
Te gustas sundungear
La negrita sundungera
Te gustas mundungear
Vamos a mundungear
Que bien te gustas el mundungeo
Vamos a sundungear

Houla, allons faire la fête!
Tu aimes faire la fête?
On va faire la fête!
Tu aimes faire la fête?
Petite demoiselle bien apprêtée
Tu aimes faire la fête?
On va faire la fête!
Super! Tu aimes faire la fête
On va faire la fête!

* Néologisme désuet sur la base de sandunguera : qui danse avec grâce et élégance

** Néologisme dérivé du créole moundogue. Esprit congo du vaudou haïtien réputé cannibale. On lui faisait offrande de viande de chien. Ici le verbe mundungear signifierait se comporter comme un chien ou japper. "Si c'était pour faire la bamboche, il aurait bien sûr trouvé le moyen. Qu'il faisait le moundongue que de tels enfants finissaient toujours par tuer leur mère de chagrin" (Jacques Stephen Alexis, Compère Général Soleil )


Les ravages d'un abus de fête. Un maquillage outrancier peut être démasqué à la faveur de la lune.

Ay Caridad (Oh, Caridad!)
Compositeur : inconnu.Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez, Conjunto Folklorico Babul, Guantanamo
Chant de cobrero

son Lien audio Ay Caridad (Orlando Aramis Brugal Suarez)

Créole cubain

Français

Ay Caridad
Ay ay Caridad
Fe tua atension la luna si te das
Ay Caridad
Fe tua atension la luna si te das
Mamarranión tu estas pintón
Ye ye ye ye ye ye ye
Ay Caridad

Oh, Caridad!
Oh là, Caridad!
Fais attention si la lune t'éclaire
Oh, Caridad!
Fais attention si la lune t'éclaire
Fêtarde, tu es bien fardée
Houla houla houla la
Oh, Caridad!


Tambour de La Caridad

Tumba de La Caridad (détail), Santiago de Cuba, 2017.


4.2.2 PIQUES ET COMPÉTITIONS ENTRE LES CHANTEURS

Les chants suivant parlent du rôle tenu par le composé dans la société de tumba francesa. Quel que soit l'évènement public, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'une rencontre avec une autre société, il faut être le meilleur chanteur possible. Défi et compétition dans les séquences de controverses improvisées ont aujourd'hui disparus. Cette attitude entre les chanteurs est similaire dans le regina du changüi et d'autres genres du folklore afro-cubain (rumba columbia).

Au temps de l'esclavage, le goût de la puya a conduit au risque du châtiment corporel pour l'avoir osé. Un exemple est donné dans le roman d'Emilio Via Crucis avec un chant d'une fête de plantation de café, moquant le goût des Blancs pour les esclaves noires, qui n'usent de leur légitime que « comme oreiller » (cf 4.3.)

Par le passé ce type de chant a probablement été le plus nombreux. Il supposait un nombre suffisant de composés masculins potentiellement rivaux, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Ces chants se multipliaient naturellement : une satire entraînait une réponse, et ainsi de suite. Leur caractère étant par nature éphémère, peu ont été conservés par la tradition, à moins que la joute fût effectivement mémorable.

Encore, dans les années '50 du XXe siècle, il n'y a aucun composé femme dans le collectage d'Elisa Tamames. Il en ira différemment à l'époque de l'ouvrage d'O. Alén dans les années '70.

A la fin du processus domine un petit nombre de composés, en particulier femmes, « sauveuses de mémoires » et on ne relève pas de nouveau chant de « puya ».


Le composé Nego

Nego, composé de la Pompadour et chanteuses du choeur, Guantanamo. DR.


Le chant qui suit a connu plusieurs versions, relativement similaires de par la mélodie et le texte. La première version est vraisemblablement la plus ancienne et a été collecté par Olavo Alén[117]. Nous noterons les railleries et coup bas qui fusent dans ce combat de prose chantée.

Ey la Mangles o (Ô, hé là Mangles)
Compositrice : Andrea Herrera. Collecté par Olavo Alén[118]
Chant de frenté

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ey la Mangles o
Y chanté, chanté ambil o en
E ma la Mangles o
Y chanté, chanté ambi lo
Ele peru pa gañe puá
Tanbe ri deño
Ga lo le leño chante na pue ye

Ay la Mangles a ri o
Y chante, chanté ambil o e
U ma la Mangles o
Y sambre y chante ambil o
E le Teri pa gañe puá
Chanté ruiseñór
Cabá ruiseñór chanté na poyá e

Ey la Mangleso li vule
Y lai le la cai buchuá
Y chanté tan pié bambú
Pene pa la negué
Chante lui pene pa la ñegüá
Chanté ruiseñór
Chanté ruiseñór chante na poe ye

Ey la Mangles o
Y ou chante, chante anpil o byen
E m'a la Mangles o
Y chante, chante anpil o
E li pe rou[119] pa ganye pouwa
Tande ri deyè ou
Ga li o lele ni ou chante n'a peye

Ay la Mangles a ri o
Y chante, chante anpil o e
Ou mal la Mangles o
Y semb vre y chante anpil o
Elèv Teri pa ganye pouwa
Chante ruisenyo
Kaba ruiseyo chante ni a poya e

Ey la Mangles o li voule
Y lay lè la ka y bouch ou a
Y chante tan pye banbou
Pèn e pa la nèg e
Chante li pèn e pa la ni e gou a
Chante ruisenyo
Chante ruisenyo na pòv e ye

Ô, hé là Mangles[120]
Tu chantes beaucoup et bien
Ô, là mon Mangles
Tu chantes et chantes beaucoup
Tu peux te pavaner, tu ne gagneras pas le pouvoir
On entend des rires derrière toi
Votre gars il pleure, il ne chante pas, il ne se fera pas payer[121]

Ah Mangles ça rigole
Et toi de chanter et chanter
Tu es mal là, ô Mangles
Tu sembles vrai et chantes beaucoup
Elève de Terry[122], tu ne gagneras pas le pouvoir
A chanter comme un rossignol
C'est fini, le chant du rossignol, pauvre de toi
 
Ô, hé là Mangles, tu voulais....
Et lorsque comme toi on a la bouche qui sent l'ail
Et de chanter en haut d'un bambou[123]
Tu peines mon gars
Tu peines, et par là on n'a pas le goût à t'écouter
A chanter comme un rossignol
C'est fini, le chant du rossignol, pauvre de toi



Rafael Cisnero Lescay

Rafael Cisnero Lescay, chanteur soliste de Cutumba, 2011 © Elena Olivo.


Cette deuxième version est celle encore pratiquée par les chanteurs actuels.

Ay dio Namangles o (Ô mon dieu, Namangles!)
Compositeur : inconnu.
Chant de yuba


son Lien audio Ay dio Namangles o (Berta Armiñan Linares)
son Lien audio Ay dio Namangles o (Maria Luisa Barrientos Garbey)
son Lien audio Ay dio Namangles o (Rafael Cisnero Lescay)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay dio Namangles o
Se vre u chante ampil güi Namangles
Ay dio Namangles o
Se vre u chante ampil güi Namangles
Ay meno paga ñe brua
Sambre ruiseñor
Ay meno paga ñe brua
Sambre ruiseñor
Llamé ruiseñor chante yo peyeli

Ay dio Namangles o, u bole
U campe nan fle bambu
U du bondie mesie mujua
Ay meno paga ñe brua
Sambre ruiseñor
Llamé ruiseñor chante yo peyeli

Ey Namangles
U chante ampil güi Namangles
Ey Namangles
U chante ampil güi Namangles
Meu pa capa shante sambre
Llamé ruiseñor chante yo peyeli

Namangles o
U monte ajo fle bambu
U di use mujua
Ruiseñor di
U pa mujua Namangles

Namangles o
U monte ajo pinote
U di use mujua
Ruiseñor di
U pa mujua Namangles

Se bien vre u shante ampil güi Namangles

Meu pa capa shante sambre
Llamé ruiseñor chante yo peyeli

Ay dios[124] Namangles o
Se vre chante anpil gou wi Namangles
Ay dios Namangles o
Se vre chante anpil gou wi Namangles
Ay menm o pa gagne vwa
Semb vre ruiseñor
Ay menm o pa gagne vwa
Semb vre ruiseñor
Jamè ruiseñor chante yo peye li

Ay dios Namangles o, ou bo lè
Ou kanpe nan flè banbou
Ou dou Bondye mesye nou wa
Ay menm o pa gagne vwa
Semb vre ruiseñor
Llame ruiseñor chante yo peye li

Ey Namangles
Ou chante anpil gou wi Namangles
Ey Namangles
Ou chante anpil gou wi Namangles
Men ou pa kapab chante sa m'vre
Jamè ruiseñor chante yo peye li

Ô Namangles
Ou monte anwo flè banbou
Ou di ou se nou wa
Ruiseñor di
Ou pa nou wa Namangles

Ô Namangles
Ou monte anwo pin o tè
Ou di ou se nou wa
Ruiseñor di
Ou pa nou wa Namangles

Se byen vre ou chante anpil gou wi
Namangles
Mèn ou pa kapab chante sa m'vre
Llame ruiseñor chante yo peye li

Ô grand Dieu, Namangles
C'est vrai que tu chantes bien, oui Namangles
Ô grand Dieu, Namangles
C'est vrai que tu chantes bien, oui Namangles
Ah, même haut tu ne gagnes pas en voix
Tu ressembles à un vrai rossignol
Ah, même haut tu ne gagnes pas en voix
Même s'il ressemble à un vrai rossignol
Jamais le chant du rossignol ils paieront

Ô grand Dieu, Namangles, que ton air est beau
Tu peux te poser sur une fleur de bambou
Toi gentil Dieu, Monsieur notre roi
Ah, même haut tu ne gagnes pas en voix
Tu ressembles à un vrai rossignol
Jamais le chant du rossignol ils paieront

Hé, Namangles
Tu chante bien certes, Namangles
Hé, Namangles
Tu chante bien certes, Namangles
Mais tu n'es pas capable de me le chanter vrai
Jamais le chant du rossignol ils paieront

Ô Namangles
Tu peux monter sur une fleur de bambou
Tu te dis notre roi
Le rossignol dit
Que tu n'es pas notre roi Namangles

Ô Namangles
Tu peux monter en haut d'un pin
Tu te dis notre roi
Le rossignol dit
Que tu n'es pas notre roi Namangles

C'est bien vrai que tu chantes finement Namangles

Mais tu n'es pas capable de me le chanter vrai
Jamais le chant du rossignol ils paieront



Le narrateur est ici présent dans une rencontre de tumba francesa et annonce sa prestigieuse présence. S'en suit un paragraphe biblique sur les pérégrinations de Jonas dans les entrailles de la baleine. L'auteur s'en sert pour nous dire qu'il ne craint rien ni personne. Comme Jonas, face à l'adversité, il se sort indemne de toutes situations. Celui venant l'affronter dans une joute chantée est ainsi averti.

Pelayo llegó (Pelayo est arrivé)
Compositeur : Pelayo Terry, s
ociété La Pompadour, Guantanamo.
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)
Chant de yuba


Espagnol (Cuba) et créole cubain

Français

Señores Pelayo llegó
Señores ay que gloria
Me estoy cayendo y me estoy levantando
Ay señores que gloria

San Salvador, Librador, Jesucristo
Líbrame de todo el mal
Como libró a Jona
Ay mi señor Jesucristo
Líbrame de todo el mal
Como libró a Jona
Dentro de una ballena
Que limpio entró, ay que limpio salió

Me estoy cayendo me estoy levantando
Señores que gloria
Caballero Pelayo rivé
Ay que gloria
Ma pe tombé ma pe levé

Messieurs Pelayo est arrivé
Messieurs, quelle gloire!
Je tombe et je me relève
Ô Messieurs, quelle gloire!

Saint Sauveur, Libérateur, Jésus-Christ
Délivre-moi de tout le mal
Comment il a sauvé Jonas
Ô mon Seigneur Jésus-Christ
Délivre-moi de tout le mal
Comment il a sauvé Jonas
Dans une baleine
Comme il est rentré propre, comme il est sorti propre

Je tombe, je me relève
Messieurs quelle gloire!
Messieurs Pelayo est là
Quelle gloire!
Je tombe, je me relève


Toujours du même Pelayo, visiblement capable grâce à ses prouesses vocales de faire danser les plus rétifs.

Pelayo cantó (Pelayo a chanté )
Compositeur : Pelayo Terry, s
ociété La Pompadour, Guantanamo.
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)
Chant de yuba


Castillan et créole cubain

Français

Ay Pelayo cantó
Señores que baile
Pelayo cantó
Señores que baile
Munio dancé tu danzan
Ay que baile
Pelayo cantó
Tut mond contant

Vengan dos, vengan tres
Como si fueran cuatro
Ay que baile
Pelayo cantó

Houla, Pelayo a chanté
Ces Messieurs qui dansent
Pelayo a chanté
Ces Messieurs qui dansent
Les gens dansent, tous dansent!
Houla quelle danse
Pelayo a chanté
Tout le monde est content

Ils viennent à deux, ils viennent à trois
Comme s'ils étaient quatre
Houla quelle danse
Pelayo a chanté


Dernière pique acérée de Pelayo à l'égard de ses rivaux dans les joutes chantées de tumba francesa. Ils leur repproche leur manque de musicalité et leurs façons à l'emporte-pièce. Ne doutant pas de ses qualités, il conseille aux suivants copier ses textes, justifiant le plagiat comme le vol des meilleurs. Notion d'ustensile intéressante, il mentionne ici le cha cha, ou hochet metallique à ruban, qui est agité habituellement par la "mayor de plaza" au sein du choeur.

Pelayo canta contento (Pelayo chante de bon coeur)
Compositeur : Pelayo Terry, société La Pompadour, Guantanamo.
Collectage: Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)

Chant de yuba


Créole cubain et espagnol (Cuba) (graphie Elisa Tamames)

Créole haïtien

Français

Eh, Pelayo canta contento
Micicien qui di
Eh, Pelayo canta contento
Micicien qui di

Caramba, los cantadores
Que canten uno, que canten dos
Composé qui chanté ñun, chanté de
Pelayo dice que ta bien
Composé qui chanté ñun, chanté de
Pero dice  ñun micicien
Muemén con micicien
Mué dit composé qui chanté
Bay Pelayo chachá
Pu li chanté
Y el como musico
Copéa los cantos de Pelayo

Ay, Pelayo kontan pou li chante
Mizisyen ki di li
Ay, Pelayo kontan pou li chante
Mizisyen ki di

Mod! mizisyen yo
Ki chante youn, ki chante de
Compose ki chante ni youn chante de
Pelayo di ki nan ase
Kompose ki chante ni youn chante de
Men di ni youn mizisyen
Mwe menm avek  mizisyen
Mwen di kompose ki chante
Bay Pelayo tcha tcha
Pou li chanté
Ak li kòm yon mizisyen
Li kopye chan yo nan Pelayo

Hé, Pelayo chante de bon coeur
Les musiciens le disent
Hé, Pelayo chante de bon coeur
Les musiciens le disent

Diantre! Les musiciens
Qui en chante une, qui en chante deux
Le composé qui chante en "ni une ni deux"
Pelayo dit qu'en voilà assez
Le composé qui chante en "ni une ni deux"
Mais qui ne dit "ni un" avec la musicalité
Moi-même qui suis musicien
Je suis le composé qui chante
Payez Pelayo au son du cha cha
Pour sa chanson
Et sa musicalité
Et copiez les chansons de Pelayo


Selon Elisa Tamamés, le narrateur prône ici la réconciliation des danseurs concurrent s'étant affrontés en solo face au tambour sur la séquence du frenté. L'expression "animales con ropa" (animaux endimanchés) est courante à Cuba. Elle fait allusion au manque de raison de ceux portant un jugment trop hâtif.

Tout sa sa fe mue la pen (Tout cela me fait de la peine)
Compositeur : Pelayo Terry, s
ociété La Pompadour, Guantanamo.
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)

Chant de yuba frenté

Créole cubain et espagnol (Cuba) (graphie Elisa Tamames)

Créole haïtien

Français

Caballero tout sa sa fe mue la pen
Pou qui ya pe dicutí
Aves animó
Que son animal con ropa
Pa proché coté mué

Cavalye tou sa sa fe mwen la pènn
Pou kisa ya pe diskite
Avek zannimo
Zannimo yo abiye
Yo pa pwoche bò kote m

Messieurs, tout ceci me fait de la peine
Pourquoi discuter
Avec ces animaux
Ces animaux endimanchés
Qu'ils ne m'approchent point!


Le composé vante ici sa capacité d'endurance à chanter et sa réputation. Par sa vantardise, il cherche à affirmer son autorité face à d'éventuels concurrents. Il est également question d'argent demandé à une personne importante de l'assemblée, en mesure de pouvoir rémunérer sa future performance vocale.

Don Joaquin mi historia no tiene fin
(Sieur Joaquin, mon histoire est sans fin)
Compositeur : José Batalla[125]. Collecté par Elisa Tamames[126]
Chant de yuba


Pas de lien audio

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Don Joaquín
Mi historia no tiene fin
Vine tande mua chante
U va pelle mue

Don Joaquín
Mistuá mi li long
Don Joaquín
Munio pra mue
Yo valise mue
Yo secle mue
Yo pra mue
Yo llete mue si
Yo llete mue la ba
Mu tene campe
Dibu tance
Vie tande mue chante
U va pelle mua

Don Joaquin
Mi historia no tiene fin
Vini w tande mwa chante
Ou va pèye mwen

Don Joaquin
M'istwa mwen li long
Don Joaquin
Moun yo pran mwen
Yo valise mwen
Yo sekle mwen
Yo pran mwen
Yo jete mwen si
Yo jete mwen laba
M'ou toune kanpe
Di bout danse
Vi e tande mwen chante
Ou va pèye mwa

Sieur Joaquin
Mes histoires sont sans fin
Vous êtes venu m'écouter chanter
Allez-vous me les payer ?

Sieur Joaquin
Mes histoires sont nombreuses
Don Joaquin
Les gens me les ont prises
Ils les ont fait voyager
Ils les ont tondues
Ils me les ont prises
Ils les ont galvaudées par ici
Ils les ont galvaudée par là-bas
Je me suis retourné pour m'arrêter
Arrivait la danse
Vous m'avez vu et entendu chanter
Allez-vous me les payer ?


Le narrateur se moque ici ouvertement de l'assemblée, en particulier de son chanteur soliste, ordinairement nommé composé. Il est à noter que l'auteur utilise ici le terme samba pour désigner le chanteur soliste, usage plus habituel dans les chants populaires ou religieux des communautés haïtiennes. Le terme lui-même fait partie du vocabulaire du créole local du 19e siècle (nous en avons des mentions écrites). Pour le nom Daudinot voir la présentation de Cumbanchando, du même auteur en 4.2.1.

Siló u pe balansé (Si cela vous dit de danser )
Collectage Elisa Tamames (cf. bibliographie)
Composé : Higinio Eugenio Daudinot, société La Pompadour (Guantanamo)
Chant de yuba


Créole cubain

Créole haïtien

Français

U campé lan ravin
Siló u pe balansé
Yubá palansi mundo
Pu mué gué
Nugué mupé begellé
Mupé bugoné
Nugué mupé begellé
Mupé bugoné
Pe rullé yubá duván
Rullé yubá dellé
Balansé mundo pu mú gué
U pe rullé yubá sambá duván vallé
Sambá vellé balansé mundo
Pu mué gué

Ou kanpe nan ravin
Si lòd ou pe balanse
Youba balans mond
Pou mwen ge
Nou ge m'ou pe bege
M'ou pe bougonnen
Nou ge m'ou pe bege
Mou pe bougonnen
Pe woule youba devan
Woule youba dèyè
Balanse mond pou m'ou ge
Ou pe woule sanba devan vale
Sanba vèye balanse mond
Pou mwen ge

Vous pouvez danser dans ce vallon
Si cela vous chante
Tout le monde danse le youba
Ça me fait marrer
Marrer que vous bégayiez
Moi, je ne bougonne pas
Heureux que vous bégayiez
Moi, je ne marmonne pas
Vous pouvez faire rouler le youba devant
Ou rouler le youba derrière
Comment vous faites danser votre monde me fait marrer
Vous faites chanter votre samba devant toute la vallée
Mais il tente vainement de faire danser tout le monde
Ça me fait marrer


Zaida Rosa Vichi

Zaida Rosa Vichi, composé de La Pompadour, 2001 © Buda music.


Où le narrateur cherche à être reconnu comme le meilleur chanteur de la société, suite au décès de son champion. L'auteur de cette chanson était encore en activité au sein de La Pompadour dans les années '80.


Campeón de Oriente (Champion d'Oriente)
Extrait du répertoire de chant du CDROM Tumba vive, 2008, UNESCO (cf. bibliographie)
Composé : Ibraín Baqué Sagarra, société La Pompadour (Guantanamo)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Campeón de Oriente
Te alè  Mesamí
Si ou gañe lotla mpa we li
Se Baque
Ki pchante a to nan Societe Guantánamo.                           
Tan de

Chanpyon Oriente a
Se ale zanmi yo
Si ou ganye lòt la m'pa we li
Se Baque
Ki pe chante a tou nan sosyete Guantanamo
Tande la

Le champion d'Oriente
S'en est allé
Si vous dites en avoir un autre, je ne le vois pas
C'est Baqué
Qui peut tout chanter dans la société de Guantanamo
Ecoutez-le !



Les deux chansons qui suivent sont issues d'une même base dont nous n'avons pas avec certitude l'auteur, car beaucoup reprise et transformée par chaque interprètes.
Le premier texte est issu du chansonnier d'Emilio Castillo Guzman "Chichi" qui nous a été donné de consulter. Le fichier son que nous lui avons adjoint est très proche, ici interprété par Zaida Rosa Vichi Gibert (née en 1932) et La Pompadour.

Palmarito Cauto[127] (Palmarito Cauto)
Compositeur : Amado González Duruthy, société La Pompadour, Guantánamo
Chant de yuba

son Lien audio Palmarito Cauto (Zaida Rosa Vichi Gibert)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

La ba Palmarito Cauto[128]

Conpose ki pe chante
La ba Palmarito Cauto
                     Se mue
Conpose ki vle
Konne mue
                      
Yo me doy a conocer
Yo jelen campeón de Oriente
                      
Se mue se
Ki comande

La ba Palmarito Cauto

Konpose ki pe chante
La ba Palmarito Cauto
                     Se mwen
Konpose ki vle
Konnen mwen
                      
Yo me doy a conocer
[129]
Yo jele chanpyon de Oriente
                      
Se mwen se
Ki komande

Là bas à Palmarito Cauto

Le composé qui peut chanter
Là bas à Palmarito Cauto
[130]
                       C'est moi
Composés qui voulez
Me connaître
                      Ils doivent le savoir
Ils pleurent le champion de l'Orient
[131]
                       C'est moi
Qui commande


Compose sa qui chante laba (Le composé qui peut chanter là-bas)
Compositeur : inconnu.
Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez, Conjunto Folklorico Babul, Guantanamo
Chant de mason

son Lien audio Compose sa qui chante (Orlando Aramis Brugal Suarez)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Compose sa qui chante laba
Santa Catalina Palmarito
Jusqua Pilon de Cauto[132]
            Se mue
Compose qui pa cone mue
           Yo me doy a conocer
Mue jele mue campeon de Oriente
            Se mue sel qui comande

Compose sa ki chante laba
Santa Catalina Palmarito
Jusqu'a Pilon de Cauto
Se mwen
Compose ki pa konnè mwen
Li ta dwe konnen mwen 
Mwen jele mwen champyon de Oriente
Se mwen sèl ki komande

Le composé qui peut chanter là-bas
De Santa Catalina Palmarito
Jusqu'à Pilon de Cauto
C'est moi !
Le composé qui n'a pas entendu parler de moi
Il se doit de me connaître
Je lui dis que je suis le champion d'Oriente
C'est moi seul qui peut commander

  

Pou ki nou jele mue (Pour quelle raison m'appellent-ils?)
Compositrice : Ernestina Lamot Vegué
, société La Pompadour, Guantánamo
Chant de mason

Pas de lien audio

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Nan sosyete Ponpadou
Mezanmi
Presidant yo pe jele mue
Nan sosyete Ponpadou
Mezanmi

Presidant yo pe jele mue
M'pa kone si se pou chante
M'pa kone si se pou dance
Pou ki nou pjele mue
Mezanmi president
                       Pu ki nou pe jele mue
Ato pue
                       Pu ki nou pe jele mue

Nan sosyete Ponpadou
Mezanmi
Prezidan yo pe jele
[133] mwen
Nan sosyete Ponpadou
Mezanmi

Prezidan yo pe jele mwen
M'pa konnen si se pou chante
M'pa konnen si se pou danse
Pou ki nou pe jele mwen
Mezanmi rezidan
            Pou ki nou pe jele mwen
At
ò pwen
            Pou ki nou pe jele mwen

Dans la société Pompadour
Mes amis
Leur président peut m'appeler
Dans la société Pompadour
Mes amis

Leur président peut m'appeler
Je ne sais pas si c'est pour chanter
Je ne sais pas si c'est pour danser
Pour quelle raison ils m'appellent
Mes amis résidents
[134]
            Pour quelle raison m'appellent-ils?
Point à tort
            Pour quelle raison m'appellent-ils?


Se acabo la chorizera[135] (La plaisanterie est finie)
Compositrice : Zaida Rosa Vichí. Transmis par Amado González Duruthy. Société La Pompadour, Guantanamo
Chant de yuba

son Lien audio Se acabo la chorizera (Amado Gonzales Duruthy)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Bon bo camarad
Se acab
ó la chorizera
Ese negro esta loco

Bon bo camarad
Se acabo la chorizera
Ese negro esta loco

Ey, yo di un contan
Mue pe chante avek ou
Mue pa konne
A ki le un pouvua al fin
Compo ki pe chante ave mue
Mue di pa cap fe 'l compose
Porque a lo bueno es loco

Bon bo kamarad
Se acabo la chorizera
Ese negro esta loco
[136]

Bon bo kamarad
Se acabo la chorizera
Ese negro esta loco

Eh, yo di mwen oun kontan
Mwen pe chante avek ou?
Li mwen pa konnen
A ki lè oun pouwa anfen
Kompose ki pe chant avek mwen
Mwen di pa kap fe li kompose
Porque a lo bueno es loco
[137]

Mon bon et beau camarade
Il n'y a plus de charcuterie
Ce gars est dingue
[138]

Mon bon et beau camarade
Il n'y a plus de charcuterie
Ce gars est dingue

Il me dit qu'il serait content
"Je peux chanter avec vous?"
[139]
Je ne le connais pas
A quelle heure pourra enfin
Chanter ce composé qui veut rivaliser avec moi
Je dis qu'il n'est pas capable de faire composé
Au mieux, il est dingue


Amado Gonzalez

Amado Gonzalez Durruthy, composé de La Pompadour, années '80. DR.


A nou we band hipocrito
Compositeur : Amado González Duruthy, société La Pompadour, Guantanamo
Chant de yuba
 

son Lien audio A nou we (Amado Gonzales Durruthy)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

A nou we band hipocrito
Nou pe gade mue
Mue pe gade nou
A nou we band hipocrito
Nou pe gade mue
Mue pe gade nou
                                   Soley soti mue la
                                   Viene Guararré
                                   Se mue mem qui la

An nou wè band ipokrit o
Ou pe gade mwen
Mwen pe gade ou
An nou wè band hipocrito
Nou pe gade mwen
Mwen pe gade nou
                       Soley s
òti men la
                       Viene Guararé
                       Se mwen menm ki la

Nous voyons bien, ô bandes d'hypocrites
Vous pouvez me regarder
Je peux vous voir aussi
Nous voyons bien,
ô bandes d'hypocrites
Vous pouvez me regarder
Je peux vous voir aussi
        Le soleil est sorti maintenant
[140]
        Il vient Guararé
[141]
        C'est moi même qui suis là
[142]


Elivania Lamot
Dionisios Lamoth Robles (au micro) Esmeraldo Robles (derrière), Victoria Lamoth Robles (au centre). DR.

Addie (Ma poule)
Composé : Humberto Tito Robles "Yuyó".Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de mason

son Lien audio Addie (Elivania Lamot Lara)
son Lien audio Addie (Société de Bejuco)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Addie[143] a mason a mue
Se mue mem qui rua yo
Addie a mason a mue
Se mue mem qui rua yo

Nu we s'tande ni un compo
Se mue mem qui brigadie
Se mue mem qui comando yo
Se mue mem qui rua yo
Ele mamá frenn
Addie mamá mason a mue

Se mue mem qui rua yo

Poul mwen mason a mwen
Se mwen menm ki wa yo
Adye a mason a mwen
Se mwen menm ki wa yo

Nou we s'tande ni youn kompo
Se mue mem qui brigadye
Se mue mem qui komand o yo
Se mwen menm ki wa yo
Ele manman frenn
Poul mwen manman mason a mwen
Se mwen menm ki wa yo

Ô ma poule, pour le mason
C'est moi même qui suis le roi
Ô ma poule, pour le mason
C'est moi même qui suis le roi
Vous voyez, il n'y a aucun chanteur
C'est moi le brigadier
Ô c'est moi qui les commande
C'est moi même qui suis le roi
Hola chérie, freines !
Ô ma poule chérie, pour le mason
C'est moi qui suis le roi


Frente années '70

Danse de frente. Avec Chichita, Pablo Arnaux (danseurs de dos), Calixto Cambrón (catá), Clara Terry (la reine, sur la droite), Guantanamo années '70 à l'occasion d'une rencontre entre La Caridad (Santiago) et La Pompadour. C'est la plus ancienne photo de rencontre entre sociétés que nous connaissons, antérieures à celles favorisées et systématisées par la Casa del caribe © Barbán.


4.2.3 HOMMAGES AUX DÉFUNTS

La vie des Société se doit d'intégrer les défunts qui lui son chers.
Lors des veillées funèbres d'un membre de société de tumba francesa, on servait l'ajiaco, plat traditionnel cubain : Sorte de ragoût, avec des viandes et légumes variés, selon la disponibilité. Tombé un peu en désuétude. Fernando Ortiz définissait le pays comme un ajiaco, par allusion au rôle que les cultures espagnole, africaine et caribéenne ont eu dans la définition de l'identité nationale.

Julio Boulí, ayant appartenu à une société de Yateras (province de Guantanamo) témoigne (Del areito y otros sones, Marta Esquenazi Pérez, p.163, terrain non daté) :
"Lors d'un enterrement, le cortège funèbre se déplaçait du cimetière au salon de tumba où ils effectuaient quelques tours. Tout au long du trajet, on était habitués à jouer un air de mason, qui est le genre le plus joyeux.
L'un d'entre eux disait à peu-près ceci :

"Di yo ou n'pou ale si me mwen (Dis-leur que tu me reverras)
Yo pe chache la jwa pou pèye sosyete (Ils recherchent la joie pour la société)
Di youn pou ale si me mwen (Dis-leur que tu me reverras).

Neuf soirs de suite après l'enterrement se tenaient des veillées. Hormis les traditionnelles condoléances présentées à la famille du défunt, des oraisons extraites de L'évangile selon le spiritisme d'Alan Kardec étaient entonnées. L'ultime veillée durait jusqu'au matin. On mangeait le cochon fraîchement tué, buvions du café, tout en narrant des élément de vie que l'assemblée avait partagée avec le défunt." (Graphie créole et traduction de Daniel Mirabeau).

N. B. : Le spiritisme kardecien constitue une religion en soi à Cuba.

Si à l'époque moderne, les veillées funèbre sont moins longues, les hommages aux personnes disparues ne sont pas loin de constituer un genre en soi, qui peut être inséré à toutes représentations de la société de tumba francesa.

Voici des exemples avec les reines Clara Terry et Leonor Terry ou Elio Revé.

Les habitants de Guantanamo revendiquent le musicien Elio Revé (1930 -1997) comme l'un des leurs et d'autant plus Emilio Castillo qui a des liens de parentés étroits avec les Revé. Le changüi et la tumba francesa ont toujours évolué de pair, et même si les les uns ne jouent pas la musique des autres, ils sont voisins ou de famille et vivent dans le même milieu socio-culturel (une statue d'Elio Revé est d'ailleurs exposée dans la Casa del changüi faisant face au local de La Pompadour). De plus Elio Revé avait été tambuyé (joueur de tambour) dans la tumba francesa avant de devenir timbalero (d'où certaines particularités de son jeu aux timbalès).

Elio Revé
(Elio Revé)
Composé: Emiliano Castillo Guzmán, société La Pompadour, Guantánamo
Chant de mason
Pas de lien audio

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Elio se rua changüí
Se met ou pa kap blye
Se mizisyen enpotan jame ou pa kap blye li
Nan monn kabrit
                      
Ou pa kap blye
Pove  Elio
                      
Ou pa kap blye
Elio Revé se fanmi mue
                      
Ou pa kap blye

Elio se rwa changüí
Se mèt w pa kap blye
Se mizisyèn enpotan jamè nou pa kap blye li
Nan monn kabrit
                      
Ou pa kap blye
P
òv Elio
                      
Ou pa kap blye
Elio Revé se fanmi mwen
                      
Ou pa kap blye

Elio c'est le roi du changüi
C'est le maître que vous n'êtes pas prêt d'oublier
C'est le musicien important que jamais nous ne pourrons oublier
A la Loma del Chivo
[144]
                       Vous n'êtes pas prêt d'oublier
Le pauvre Elio
                       Vous n'êtes pas prêt de l'oublier
Elio Revé, c'est ma famille
                       Vous n'êtes pas prêt de l'oublier


Elio Revé

Elio Revé (1930 -1997). DR.


Il est courant à l'époque moderne que les chants aux disparus soient en castillan, le but recherché étant d'être compréhensible par le plus grand nombre, non pas seulement par les locuteurs de patuá de la société[145]. Clara Terry Dupuy (1908-2007) fut l'une des reines et composé de la Pompadour.

Clara Terry
(Clara Terry)
Composé: Ernestina Lamot Vegué, société La Pompadour, Guantánamo. Transmis par Emiliano Castillo Guzman
Chant de mason

Pas de lien audio

Espagnol (Cuba)

Français

Clara Terry tu voz no se oye mas
Clara Terry tu voz no se oye mas
Que dios te tenga en la gloria
Y te lleve a descansar
Compa
ñero le brindo la tradición
Compa
ñero le brindo la tradición
Tradición guantanamera, le brindo la tradición
Compañero le brindo mi tradición
Compañero le brindo mi tradición
Tradición guantanamera, le brindo la tradición
Compañero, quien no llegaba llego
Compañero, quien no llegaba llego
Llego quien no llegaba
Compañero, quien no llegaba llego
Compañero, quien no llegaba llego

Clara Terry ta voix en s'entend plus
Clara Terry ta voix en s'entend plus
Que Dieu te tienne dans sa gloire
Et t'amènes le repos
Un compagnon lui a offert la tradition
Un compagnon lui a offert la tradition
Une tradition de Guantanamo, je lui offre la tradition
Un compagnon lui a offert la tradition
Un compagnon lui a offert la tradition
Une tradition de Guantanamo, je lui offre la tradition
Le compagnon, qui n'arrivait pas est arrivé
Le compagnon, qui n'arrivait pas est arrivé
Il est arrivé, celui qui n'arrivait pas
Le compagnon, qui n'arrivait pas est arrivé
Le compagnon, qui n'arrivait pas est arrivé


Leonor Terry Dupuy

Leonor Terry Dupuy © Dialnet.


Ce texte fût chanté lors des funérailles de Leonor Terry Dupuy, le 28 octobre 2013 à Guantanamo. Leonor succéda à sa soeur Clara, comme reine de La Pompadour jusqu'en 2007. Elle y rentra comme danseuse en 1961, après avoir fait partie de la Carabali de Guantanamo. Au sujet de Leonor Terry, lire la monographie de Greysi Perez Martinez (cf. Bibliographie).

Leonor Terry (Leonor Terry)
Composé: Amado González Durruthy, société La Pompadour, Guantánamo. Collecté par Manuel Coca Izaguirre et cité dans sa thèse (cf. bibliographie)

Espagnol (Cuba) Français
Leonor Terry, no puede bailar masón
Leonor Terry, no puede bailar masón
Que Dios la tenga en la gloria
Y la lleve a descansar
Que Dios la tenga en la gloria
Y la lleve a descansar
Leonor Terry, su voz no se oye más
Leonor Terry, su voz no se oye más
Que Dios la tenga en la gloria
Y la lleve a descansar
Que Dios la tenga en la gloria
Y la lleve a descansar
Leonor Terry, on ne peut danser le mason
Leonor Terry, on ne peut danser le mason

Que Dieu la tienne dans sa gloire
Et la laisse reposer (en paix)
Que Dieu la tienne dans sa gloire
Et la laisse reposer (en paix)
Leonor Terry, sa voix ne s'entend plus
Leonor Terry, sa voix ne s'entend plus
Que Dieu la tienne dans sa gloire
Et la laisse reposer (en paix)
Que Dieu la tienne dans sa gloire
Et la laisse reposer (en paix)


Dans cette création, l'auteure rend hommage aux défunts de sa famille : sa grand-mère (Yoya), sa mère (Melina) et sa tante (Tecla). Toutes trois ont jouées un rôle important dans la vie de la société Lafayette. Yoya a aussi été hommagée dans une chanson de l'album Para Yoya du pianiste disparu Alfredo Rodriguez, où on retrouve aussi son surnom familier (« Yoya, Yoyita »).

M'ap jele Yoyi
Compositrice : Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente. Transmis par Andrea Quiala Venet
Chant de yuba
son Lien audio M'ap jele Yoyi (Andrea Quiala Venet)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

M'ap jele Yoyi[146]
Yoyi vini ede mue chante
Oye Yoyita

M'ap jele Yoyi
Yoyi vini ede mue chante
La yuba mue
Mama, m'ap jele Yoyi u pa ue li

Mue le Melina li pa tande mue
Mue le Tecle[147] y pa respond mue
Mue le Melina li pa tande mue
Mue le Tecle y pa respond mue

M'ap jele Yoyi
Yoyi vini ede mue chante
Oye Yoyita

M'ap jele Yoyi
Vini ede mue chante
La yuba mue
Mama, m'ap jele Yoyi u pa ue li

M'ap jele Yoyi
Yoyi vini ède mwen chante
Oye Yoyita

M'ap jele Yoyi
Yoyi vini ède mwen chante
La yuba mwen
Manman, m'ap jele Yoyi, ou pa wè li

Mwen lèd Melina li pa tande mwen
Mwen le Tecle y pa respond mwen
Mwen lèd Melina li pa tande mwen
Mwen l'èt klè y pa respond mwen

M'ap jele Yoyi
Yoyi vini ède mwen chante
Oye Yoyita

M'ap jele Yoyi
Vini ède mwen chante
La yuba mwen
Manman, m'ap jele Yoyi, ou pa wè li

J'appelles Yoyi
Yoyi, viens m'aider à chanter
Ohé, Yoyita?

J'appelle Yoyi
Yoyi, viens m'aider à chanter
Mon yuba
Maman, j'appelles Yoyi, ne l'as tu pas vu?

Je demande de l'aide à Melina qui ne m'entends pas
Je demande à Tecla, elle ne me répond pas
Je demande de l'aide à Melina qui ne m'entends pas
Je demande à Tecla, elle ne me répond pas

J'appelle Yoyi
Yoyi, viens m'aider à chanter
Ohé, Yoyita?

J'appelle Yoyi
Yoyi, viens m'aider à chanter
Mon yuba
Maman, j'appelle Yoyi, ne l'as tu pas vu?


Yoya Venet Danger

Yoya Venet Danger, 1993 © Daniel Chatelain.


4.3 SITUATIONS DRAMATIQUES ET PEINTURE SOCIALE

Parfait exemple de créole cubain, du XIXe siècle, le fragment de chant de tumba francesa le plus anciennement transcrit est -en admettant son authenticité- une satire sociale. Périlleuse car visant un maître pouvant user de tous les droits sur sa "dotation". Mais d'autant moins contestable pour les offensé(e)s que parmi celle-la, il y avait souvent des descendants illégitimes du maître! Il a été publié par Emilio Bacardi Moreau, d'ascendance paternelle catalane et maternelle franco-dominguoise, longtemps maire de Santiago sous la jeune République et auteur de chroniques sur sa ville qui mettent entre autres en valeur l'héritage culturel des réfugiés de Saint-Domingue. Ceci dans un roman où les planteurs descendants de Français sont confrontés à la guerre d'indépendance cubaine, Via Crucis, paru en deux parties en 1910 & 1914. Il est inséré dans une page décrivant une fête de tumba francesa dans une plantation de café du temps de l'esclavage (traduction de la page dans D. Chatelain, 1996, p. 20).

Blan la yo (transcrit par Emilio Bacardi Moreau)

Créole cubain
Créole haïtien
Français
Blan la yo qui sorti en Frans, oh jelé...!
Yo pren madam yo servi sorelle!...
Pu yo caresé neguès...!
Blan la yo ki sòti nan Frans O jele
Yo pran Madanm yo servi zòrye
Pou yo karese nègès
Ces blancs qui viennent de France, il faut le dire!
Prennent leurs dames pour servir d'oreiller
Pour mieux caresser les négresses...

A la suite du chant, Bacardi Moreau écrit : "Et vibra dans l'espace la dernière syllabe, longue, prolongée, plaintive, haletante, comme un "ay!" qui va se perdre dans les airs ; imprécation contre l'asservissement, protestation d'impuissance et plainte de rejeté de l'humanité. Ce chant, défoulement innocent et pathétique à la fois, se vengeait du maître par les paroles contenant l'idée qui blesse la race opprimée, accompagnant les notes de musique d'un chant de douleur infinie."


Cafetal Le Potosi
Caféière le Potosi, photo de 1863, Monte Rus, actuelle province de Guantanamo. Appartenant à la famille de José Maria de Heredia Girard (le poète français) © Marie José "Pepita" Delrieu.


De l'ingratitude des jeunes générations.

La jenes o (Ô, la jeunesse!)
Compositeur : José Caridad. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba.
Chant de mason

son Lien audio La jenes o (Andrea Quiala Venet)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

La jenes o
Ay la jenes qui mete mua bua dife
Yo cremua se m'bua dife

La jenes o
Ay la jenes qui mete mua bua dife
Yo cremua se m'bua dife o

Ay la jenes qui mete mua bua dife
Yo cremua se m'bua dife
Quite muale sime mue

Se intrus mue
La jenes qui mete mue la
Se intrus mue
La jenes qui mue te mue la
Ay la jenes qui mete mua bua dife
Yo cremua se m'bua dife
Quite muale sime mue

Lajenès o
Ay la jenès ki mete mwa bwa dife
Yo kre mwa se m'bwa dife

Lajenès o
Ay la jenès ki mete mwa bwa dife
Yo kre mwa se m'bwa dife o

Ay lajenès ki mete mwa bwa dife
Yo kre mwa se m'bwa dife
Kite mwen ale simityè mwen

Se intrus mwen
Lajenès ki mete mwa bwa dife
Se intrus mwe
La jenès ki mete mwa bwa dife
Ay lajenès ki mete mwa bwa dife
Yo kre mwa se m'bwa dife o
Kite mwa ale simityè mwe

Ô les jeunes
Ah les jeunes qui font de moi du petit bois
Ils croient que je ne vaut plus grand chose

Ah les jeunes
Ô les jeunes
Ils croient que je ne vaut plus grand chose

Ah ces jeunes qui font de moi du petit bois
Ils peuvent croire que je ne vaut plus grand chose
Laissez-moi mourir en paix

Ils me voient comme un intrus
Les jeunes qui font de moi du petit bois
Ils me voient comme un intrus
Les jeunes qui font de moi du petit bois
Ah ces jeunes qui ne me croient plus capable de rien
Ô ils font de moi du petit bois
Laissez-moi mourir en paix


Elivania Lamothe
Elivania Lamot Lara, 2014 © Aracelys Aviles Suarez.

Délogé au milieu de la nuit, le propriétaire crie l'injustice dont il est victime. Un conflit de société rurale, comme l'est le village de Bejuco.

Bartolo

Compositeur : inconnu.Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de yuba

son Lien audio Bartolo (Elivania Lamot Lara)
son Lien audio Bartolo (Société de Bejuco)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay ma rele Bartolo
Fillol mue
Douvanjou Bondye maman
Meprise mue lakay li
Ay ma rele Bartolo
Fillol mue
Ay si mwen condane
Bondie qui conen
Macome para mue pu chen
Si mue achte terren mue
Se pou mue gade cabri mue
Pu mue gade muton mue
Pu mue gade cheval  mue

Ay m'a rele Bartolo
Fiyòl mwen
Douvanjou Bondye manman
Meprize mwen lakay li
Ay m'a rele Bartolo
Fiyòl mwen
Ay si mwen kondane
Bondye ki konnen
Makomé para mwen pou chen
Si mwen achte terrèn mwen
Se pou mwen gade kabrit mwen
Pou mwen gade mounton mwen
Pou mwen gade cheval mwen

Ay, j'appelle Bartolo
Mon filleul
Au milieu de la nuit, mon Dieu!
Je méprise votre maison
Ay, j'appelle Bartolo
Mon filleul
Si je suis condamné
Dieu seul le sait
Ma commère, ils me prennent pour un chien errant
Si j'ai acheté ce terrain pour moi
C'est pour que j'y élève mes chèvres
C'est pour que j'y élève mes moutons
C'est pour que j'y élève mes chevaux


Dans ce récit, le narrateur repproche à son compagnon de route d'avoir dépensé tout le budget du retour. Au vu que ce dernier a également perdu charrette et boeufs, il est à supposer qu'il ait le vice du jeu ou de la boisson. Des deux localités cités, la première est dans la province de Las Tunas et la deuxième dans celle de Ciego de Avila.

Chimé peladero buchié (La route pour Peladero est compromise)
Compositeur : José Batalla, s
ociété La Pompadour, Guantanamo
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)
Chant de yuba

Créole cubain (graphie Elisa Tamames)

Créole haïtien

Français

Eh, chimé Peladero buchié
La yan la Casimba cabá
Chimén peladero buchié
La yan la Casimba cabá


Negro tué pa gañe bitación
U pa gañe la yan ancó
U perdí la yan
U perdí charet
U pedi la beva
U pe charche buangá pu chanté
La yan u cabá

E, se chemen an nan Peladero bloke
Lajan n'la Casimba ka ba
Se chemen an nan Peladero bloke
Lajan la Casimba fini

Nèg, tou e pa ganye bitasyon
Ou pa ganye lajan pa enkò
Ou pedi lajan
Ou pedi charèt
Ou pedi la bevé
Ou pe chache wanga pou chante
Lajan ou se fini

Hé, la route pour Peladero est compromise
L'argent nous manque ici à Casimba
La route pour Peladero est compromise
L'argent c'est fini ici à Casimba

Mon gars, nous ne pourrons tous rentrer à la ferme
Tu n'as pas gagné assez d'argent
Tu l'as dilapidé
Perdu la charrette
Perdu les boeufs
Il te faudra faire appel à la magie pour rentrer
Ton argent s'en est allé

*Contraction créolisante du castillan acabar (finir, terminer)

Chant de satire sociale. Le moment délicat de payer l'adition autour d'une table. Le protagoniste incite une femme, qui croyait peut-être être galamment invitée, à partager les frais.

Mamá ue lele
(Maman, on a besoin d'aide!)
Compositeur : Luis Garzón Heredia.
Chant de prélude

son Lien audio Mamá ue Lele (Cutumba)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ello mamá[148] ue le[149]
Si a la tu a mue
Si a la tu a mue
Yo mamá ue led le
Si a la tou la mue
Ay mamá mira a Changuito
Que cuenta vamo a dividir          
Que cuenta vamo a dividir
Sin la división no toco nada conformidades
Vamo a dividir

E yo manman wè l'èd
Si a la tou a mwen
Si a la tou a mwen
Yo manman wè l'èd le
Si a la tou la mwen
Ay manman mira
[150] Changuito
Que cuenta vamo a dividir
[151]
Que cuenta vamo a dividir
Sin la división no toco nada conformidades[152]
Vamo a dividir

Eh maman, on a besoin d'aide
Si là aussi c'est tout à moi
Si là aussi c'est tout à moi
Maman, c'est l'heure de nous aider
Si là aussi c'est tout à moi
Ah ma mère regarde Changuito
Quelle addition on va se partager
Quelle addition on va se partager
Sans le partage, cela ne va pas
Nous allons partager



Scène de Taverne

Scène de taverne par Angel María Cortellini Hernández,1847, Musée Thyssen, Madrid.


Sur le même genre de situation, le moment de payer une addition salée et de la partager équitablement.

Que cuenta vamos a dividir (Quelle addition nous allons partager)
Compositeur : inconnu.
Chant de mason


son Lien audio Que cuenta vamo a dividir (Andrea Quiala Venet & La Caridad de Oriente)

Espagnol (Cuba)

Français

Ey, vamo a dividir ya
Que cuenta vamo a dividir
Ey, vamo a dividir ya
Que cuenta vamo a dividir
Si la division no toco nada conformidad eh
Vamo a dividir

Hé, nous allons partager maintenant
Quelle addition nous allons nous partager
Hé, nous allons partager maintenant
Quelle addition nous allons nous partager
Oui, la division n'est pas tout à fait conforme, hé !
Nous allons partager



années '90
Société La Pompadour, Guantanamo. De gauche à droite: Ernestina Lamot Vegué (reine et composé), Amado Gonzales Durruthy (composé), Virgen Aguilera (mayor de plaza), années 90. DR.

Comme pour la chanson précédente, la beuverie et le rhum sont au centre des moqueries et saillies comiques du texte suivant.
Il s'agit ici d'une chanson où le narrateur est visiblement en état d'ébriété. Les deux versions audio nous montrent que selon les interprètes et les circonstances, le texte peut être adapté d'un mason à un yuba.


Asi na'ma' tradicionero (Il suffit, traître!)
Compositeur : Amado González Duruthy, société La Pompadour, Guantanamo
Chant de mason


son Lien audio Asi na ma (Amado González Duruthy)
son Lien audio Asi na ma (La Pompadour)

Créole cubain

Français

Asi na'ma' traicionero
Asi na' ma'
Asi na'ma' traicionero
Asi na' ma'
Mue pa fe gagne
Ou vle touye mue
Ou mete nan wanga tafiya
Pou mue mouri nou tande
                                   Asi na'ma' traicionero
                                   Asi na' ma'
                                   Asi na'ma' traicionero
                                   Asi na' ma'

Oyelo
                                   Asi na'ma' traicionero
                                   Asi na' ma'
                                   Asi na'ma' traicionero
                                   Asi na' ma'
Como es

Comme cela il suffit, traître
Comme cela il suffit
Comme cela il suffit, traître
Comme cela il suffit
Je ne vais pas te laisser m'avoir
Tu veux me tuer ?
As-tu mis des saloperies
[153] dans le rhum
Tu veux me faire mourir ou quoi?
                                   Comme cela il suffit, traître
                                   Comme cela il suffit
                                   Comme cela il suffit, traître
                                   Comme cela il suffit
Écoutes-bien!
                                   Comme cela il suffit, traître
                                   Comme cela il suffit
                                   Comme cela il suffit, traître

                                   Comme cela il suffit
Comment cela est


Un problème matrimonial. Madame reproche à son mari de trop sortir et de dilapider l'argent du ménage

Fanma dirí jaim (Femme, pourquoi fais-tu la tête?)
Compositeur : José Batalla, s
ociété La Pompadour, Guantanamo
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)
Chant de yuba


Créole cubain (graphie Elisa Tamames)

Créole haïtien

Français

Fanma dirí jaim
Mape mande li
Pu quirí jaim
Li te mandé mué lai jaín
Yu fet Cristobal Colón
Ma pa ba li li
Se pu sali jaen

Fanm mwen di ri janmè
M'ap pè mande li
Pouki ri janmè
Li te mande mwen lajan
Yon fèt Cristobal Colon
M'ap ba li li
Se pou sa li janmè

Ma femme dit que cela ne la fait pas rire
Je crains de lui demander pourquoi
Pourquoi elle tire la gueule
"Tu m'as demandé de l'argent
Soi-disant pour la fête de Christophe Colomb
Je vais t'en donner
Cela ne me fait pas rire"



Tumbas de Bejuco
Tambours de tumba francesa de Bejuco, années '2000 © Wilker Lopez
.


Un protagoniste dans l'indigence mendie sa pitance, sans trouver personne pour l'aider. Encore un chant qui reflète les tensions sociales.


Mue viv an anvian lemond (Je vis en enviant le monde)
Compositeur : inconnu.
Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de mason

Pas de lien audio

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue viv an anvian lemond
Compose tande mundo
Ou
pe chache yun boujua
Li pa trouve
Lu ale cote comesan an
Comesan di no
Ou ale kote sapantie 
Sapantie di non se pa pou ou
Mue viv an anvian lemond
Konpe ou tande
Ou pe chache yun boujua
Li pa trouve

Mwen renmen nan mond lan
Kompose tande m' mond lan
Ou pe chache youn boujwa
Li pa trouve
L'ou ale kote komèsan an
Komèsan n'di no
Ou ale kote bòs chapant
Bòs chapant di non se pa pou ou
Mwen renmen nan mond lan
Konplis ou tande
Ou pe chache youn boujwa
Li pa trouve

Je vis en enviant le monde
Composé entendez, le monde
Tu peux chercher un bourgeois
Tu ne le trouves pas
Vous allez là où il y a un commerçant
Le commerçant vous dit non
Vous allez au charpentier
Le charpentier dit: non c'est pas pour toi
Je vis en enviant le monde
Compère, tu entends?
Tu peux chercher un bourgeois
Tu ne le trouves pas


frente à La Caridad

Danse du frenté, Flavito Figueroa à la danse, Argelis au premié, Flavio Figueroa au bula, société La Caridad de Oriente, 2012, présentation pour Ritmacuba à Santiago © D. Chatelain / Ritmacuba.


Satire sociale d'un ménage conventionnel: l'homme au travail ramène l'argent, la femme cantonnée aux tâches ménagères. L'auteur à propos des femmes intéressées : "ne te marie pas si tu veux des amis".


Ay don nan pué la yan (Hélas, quand l'argent manque)
Compositeur : Pelayo Terry, s
ociété La Pompadour, Guantanamo.
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)
Chant de yuba


Créole cubain et espagnol (Cuba) (graphie Elisa Tamames)

Créole haïtien

Français

Ay don nan pué la yan
Nan pué la yan
Nan pué bon menach
Cart el hombre con su mujer
No tiene amigo
Ay qui mové vi
Fiu nom qui sotí non travay
Li rivé la cail, jelé fanmi
No nan pue mangé
Pero lo le mangé
Pero lo li gañe la yan
Bon caracter, ah
Por eso es que el hombre con su mujer
No tiene amigo

Ay, lè ou pa bay lajan ankò
Nan pwen lajan
Nan pwen bon mennaj
Paske mari a ak madanm li
Pa gen okenn zanmi
Ay, ki nan movè lavi
Fi w lòm ki soti nan travay
Li rive lakay jele fanmi
Pa gen manje
Men, lè gen yon bagay yo manje
Men li ganye lajan
Karaktè vin pi bon
Se poutèt sa yon gason ak madanm li
Pa gen okenn zanmi

Hélas, quand on ne donne plus d'argent
Sans argent
Point de bon ménage
Car un mari avec sa femme
N'a pas d'amis
Hélas, la vie est dure
Pour les femmes de ceux rentrant du travail
Quand ils arrivent à la maison, ils crient après elles
Si il n'y a rien à manger
Mais quand il y a à manger
Mais quand il y a de l'argent
Ah, le caractère se fait meilleur
C'est pour cela qu'un homme avec son épouse
N'a pas d'amis



La narratrice savoure sa chance de faire un petit déjeuner complet (chocolat au lait, pain, beurre,...). Elle se sait enviée et tous n'ont pas ses possibilités. Le compositeur Pelayo Terry situe l'action durant la seconde guerre mondiale, période où le marché noir allait bon train.

La leche de condensa (Le lait concentré)
Compositeur : Pelayo Terry, société La Pompadour, Guantanamo.
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)
Chant de yuba


Espagnol (Cuba)

Français

La leche de condensa
Te cuesta muy caro
La leche de condensa
Ya cuesta muy caro ya
Tu la va querer tomar
Tu la va querer tomar
Me queda enviciada
Ya cuesta muy caro

Ay tu quieres leche con chocolate
Ya cuesta muy caro
Tu quiere pan con mantequilla
Ya cuesta muy caro
To' lo va quejer tomar
Me queda enviciada
Te cuesta muy caro

Le lait condensé
Ça te coûte très cher
Le lait condensé
Ça coûte déjà très cher
Tu vas vouloir en prendre
Tu vas vouloir en prendre
Je suis enviée
Ça coûte déjà très cher

Tu veux du chocolat au lait
Ça coûte déjà très cher
Tu veux du pain au beurre
Ça coûte déjà très cher
De tout tu vas vouloir
Je suis enviée
Ça te coûte très cher



De la solidité du ménage et des infidélités d'un mari.

Mue di no mue a fe comue pa we cle (Ma commère, dans cette affaire, j'ai rien vu venir!)
Compositeur : inconnu
Chant de prélude


son Lien audio Mue di no mue a fe comue pa we cle (Andrea Quiala Venet & La Caridad)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue di no mue a fe comue
Mue pa we cle
Mue tande, mun yoyo
Vle cuyene mue

Eh mue a fe comue
Mue pa we cle
Mue tande, mun yoyo
Vle cuye ne mue
Yo vle cuye neg gason me ya tu se
Mun yoyo[154] vle cuyene mue

Niu niu vendredi
Se pase mue tande fam la
Di li nom la
Clere comue
Gade pie mue
Ale leve mue mari mue lache me nu

Mwen di no mwen afè komè
Mue pa wè klè
Mwen tande moun yoyo
Vle kouyone mwen

E mwen afè komè
Mwen pa wè klè
Mwen tande moun yoyo
Vle kouyone mwen
Yo vle cuye nèg gazon men ya tu se
Moun yoyo vle kouyone mwen

Ni ou ni ou vandredi
Se pase mwen tande fanm la
Di li nonm la
Klèr e komè
Gade pye mwen
Ale leve mwen mari mwen lache me nou

Ma commère, dans cette affaire
Je n'ai rien vu venir
J'ai entendu que mon queutard de mari
Voulait me couilloner

Hé, ma commère, dans cette affaire
Je n'ai rien vu venir
J'ai entendu que mon queutard de mari
Voulait me couilloner
Il voulait me tromper ce nègre, tu sais
Mon queutard de mari voulait me couilloner

Ni un ni deux, vendredi
J'ai attendu cette femme là
Je lui est dis que cet homme
Clairement, ma commère
Regardes mon pied
Tu vas t'en prendre un coup si tu ne lâche pas mon mari


Il s'agit dans la chanson suivante de dénoncer un règlement de compte crapuleux. Sous un regard contemporain, le texte est polémique car il utilise un adjectif raciste pour parler de la cupidité de l'un des protagonistes. Andrea Quiala Venet a elle une version plus consensuelle de la même chanson (voir plus bas).

Ay, we israelitas
(Hélas, regarde ces juifs)
Compositeur : José Venet Danger. Chanteuse: Consuela Venet Danger
Chant de yuba
Enregistrement de 1979, Société Lafayette et Pompadour réunies, Guantanamo


son Lien audio Ay we israelitas (Consuela Venet Danger)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay we israelitas yo estaban chache
Lajan pou yo tuye muen

Larjan para que chelbe ou
Ay israelitas estaban chache
Larjan pou yo tuye muen                        

Larjan pa' kit a nu chelbe ou
Lajan sa nou fe chelbe
Ya tuye muen

Ay wè israelit a yo estaban[155] chache
Lajan pou yo touye mwen

Lajan para que[156] chèlbè ou
Ay wè israelit a yo estaban chache
Lajan pou yo touye mwen

Larjan pa' kit a nou chèlbè ou
Larjan pa' kit a nou chèlbè ou
Y a touye mwen

Hélas regarde, ces juifs[157] sont allés chercher
L'argent pour m'assassiner
[158]

L'argent pour que votre cher et beau
Hélas regarde, ces juifs sont allés chercher
L'argent pour m'assassiner

L'argent pour que nous quitte votre cher et beau
L'argent pour que nous quitte votre cher et beau
Ils vont me tuer!

Oye Israelita (Ecoutes, Israelita!)
Compositeur : José Venet Danger.
Version et graphie d'Andrea Quiala Venet (2010)

son Lien audio Oye Israelita (Andrea Quiala Venet)

Oye Israelita[159] yo tape chache larjan
Po ya touye mue
Larjan si u quite yo chembe u no
Oye Israelita yo tape chache larjan
Po ya touye mue
Larjan si u quite yo chembe
Pou yo touye mue


Les règlements de comptes, dénonciations et vols son fréquents dans les chansons de tumba francesa.

Ou we lajan muen pedi (Voyez-vous, l'argent que j'ai perdu)
Auteur : Pablo Valier. Compositeur : Juan Gualberto Vichi[160]. Transmis par Emiliano Castillo Guzman, société La Pompadour, Guantánamo
Chant de yuba
Pas de fichier audio


Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ou we lajan muen pedi
Bandolero ki vodlo
Lajan mue
Se pou sa mpjele policía
                      
Policía sila
                       Pou yo chanbeli

Ou wè lajan mwen pèdi
Bandolero ki vol o
Lajan mwen
Se pou sa m'pe jele lapolis
                      
Lapolis si la
                       Pou yo chant bèl e

Voyez-vous l'argent que j'ai perdu
Ces bandits qui me l'ont volés
Mon argent
C'est pour cela que j'ai appelé la police
                       Oui, la police
                       Pour vous je chante ce bel air

 

Pablo Valier

Pablo Valier. Fils d'un mambí (combattant de l'indépendance) et neveu du général indépendantiste Antonio Maceo "Le titan de bronze".


Il y a une crainte obsessive des mauvaises langues dans les milieux populaires cubains, conjurées derrière les portes des maisons par des illustrations sans équivoques. Le récitant prend Dieu à témoin de la fausseté des accusations diffamantes d'alcoolisme faîtes à dessein pour le marginaliser et l'ostraciser.

Señor se klè (Seigneur, c'est clair!)
Compositeur & interprète : Pablo Valier, Société La Pompadour, Guantanamo
Enregistrement de 1976
[161]
Chant de yuba

son Lien audio Señor se klè (Pablo Valier & La Pompadour)

Créole haïtien

Français

Señor se klè
Di que moun di m'ke pale demèn
Mande yo que es eso?
Señor se klè
Di que moun di m'ke pale demèn
Mande que eso es?
Aprè yo wè l'èt Bondye
Pou Bondye padòne yo
Digalo
[162] pou mwen se tro tar
Konble la lotè'l

E ye ye ye ye
Ye moun ki ke moun ki la pitit m'
Ki pale akòz li pale mal ki pale alkòl imè m'
Pale a ou fanmi li
Ou pwe mete m' gan sousi isi
Catalina mi palabra le vea aca
[163]
Chache alkòl pale manti
Movè lavi kiye la vol kite
Se pou sa ou wè ke gwo dwòl ke kòm ou wè ke trennen kòm koulèv atè
Trime gan nou ofisyèl isi malediksyon men koule o ni ke bay a fol a li pale manti


Di que moun di m'ke pale demèn
Mande yo que es eso?
Di que moun di m'ke pale demèn
Mande yo que es eso?
Aprè yo wè l'èt e Bondye
Pou Bondye padòne yo
Digalo pou mwen se tro tar
Konble la m'otè li

Seigneur, c'est clair
Quoi qu'ils me disent à l'avenir
Je leur demanderais "qu'est ce que cela?"
Seigneur, c'est clair
Quoi qu'ils me disent à l'avenir
Je leur demanderais "qu'est ce c'est que cela?"
Après avoir vu comme ils sont Bondieu
Pour que le Bondieu les pardonne
Dis-leur que pour moi c'est trop tard
De ces auteurs, ras le bol

Eh, hélas hélas hélas,
Hélas les gens qui, ces gens qui sont les miens
Qui parlent à cause de, qui persiflent, qui parlent de mon état d'ébriété
Parlez-en maintenant devant l'assemblée
Vous pouvez me mettre dans de grands soucis
Catherine, mes paroles écoutes-les
Que je soit allé chercher de l'alcool est un mensonge
Mauvaise la vie qui est basée sur les larcins
Allez, tu le vois bien, c'est une belle connerie, tu vois bien que je me traine à terre comme une couleuvre
Je trime dur c'est sûr, je m'enfonce, si seulement cette folle retirait ses mensonges

Quoi qu'ils me disent à l'avenir
Je leur demanderais "qu'est ce que cela?"
Quoi qu'ils me disent à l'avenir
Je leur demanderais "qu'est ce que cela?"
 Après avoir vu comme ils sont, éh Bondieu,
Pour que le Bondieu les pardonne
Dis-leur que cela me semble trop tard
J'en ai ma claque de ces auteurs


La disgrâce et les rumeurs, maintenir sa réputation quelque soit ses moyens financiers est une préoccupation majeure dans les chansons afro-cubaines[164].

Pove bebecito
(Pauvre Petit!)
Compositeur : Juan Gualberto Vichí, société La Pompadour, Guantanamo
Chant de yuba

son Lien audio Pove bebecito (Amado Gonzales Duruthy)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Nou we pove bebecito
Na catia la li
Pgañe sami
Ki va prale pou li
La desgracia tombe
De je li
Mue va touye li
La degracia tombe
Deye li
                       Yo di cuchillo con el
Ou we la ba
An el charco del infierno
Tu nu fe sami mue
Pu yo pale
Malanjo mue
Yo te pa se consa a
Pa ti gañe nu Bondye
Ki ta sa pale pou mwen
                       Yo di cuchillo con el
La degracia tombe
Deye li
                      
Yo di cuchillo con el


Nou wè pòv bebe
Nan ka ti la li
Ti ga nye zanmi
Ki va prale pou li
La desgracia
[165] tonbe
Deyè li
Mwen va touye li
La degracia tonbe
Deyè li
            Yo di cuchillo con el
[166]
Ou wè la ba
An el charco del infierno
Tou nou fe m'zanmi mwen
Pou m' yo mal pale
Malandre
[167] mwen
Yo te pase konsa la
Pa ti ganye nou Bondye

Quita sa pale pou mwen
            Yo di cuchillos con el
[168]
La degracia tonbe
Deyè li
           
Yo di cuchillo con el

Vois-tu, petit
Dans ton cas ici
Tu n'as aucun amis
Qui va parler pour toi
Contre la disgrâce dans laquelle tu es tombé
Derrière, ils
Je vais les faire taire
[169]
La disgrâce dans laquelle tu es tombé
Derrière ils
                       Ils te plantent des couteaux dans le dos
Vois-tu là bas
En traversant les enfers
Mes amis, ils m'ont tout fait
Pour mal parler de toi
Mes malandrins
Ça s'est passé comme cela
Ces petits n'ont pas encore gagné le paradis
Qu'ils arrêtent de me parler
                       Ils te plantent des couteaux dans le dos
La disgrâce tombe
Derrière toi
                       Ils te plantent des couteaux dans le dos



We aye o (Voyez-vous, hier)
C
ompositeur : inconnu. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba
Chant de mason

son Lien audio We aye o (Andrea Quiala Venet)
son Lien audio We aye o (Andrea Quiala Venet & La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

We aye o
Ay mua nube o llano
Cuman u ye ?
E y mue tande
Bay mue lague mamá
Mue tande a safar na sava
Pa mua nube
Cuman u ye
Bay mua nube
Cuman u ye
We aye o
Ay mua nube o llano
Cuman u ye ?

Wè ayè o
Ay mwen w vle o andeyò
[170]
Kouman ou ye
Ey mwen non tande
Bay mwen lage manman
Mwen tande a safar nan sa va
Pa mou a nou vle
Kouman niye
Pa mou a nou vle
Kouman niye
Wè ayè o
Ay mwen w vle o andeyò
Kouman niye

Vois-tu, hier
Hélas, j'aurais souhaité ta companie dans la campagne
Comment vas-tu ?
Je n'aurais pas cru
Que tu me laisse tomber, chérie
Je croyais que l'affaire était entendue
Nous le voulions vraiment
Comment le nier ?
Nous le voulions vraiment
Comment le nier ?
Vois-tu, hier
Hélas, j'aurais souhaité ta compagnie dans la campagne
Comment le nier ?


Tumberas

Tumberas de La Pompadour, années 2000.


La jeunesse se contente de voir passer la conga et prendre du bon temps, mais il faut gagner sa vie et la solution du protagoniste est d'aller chercher des boeufs dans la région d'élevage de Camagüey. Ce chant serait antérieur à la Révolution (après laquelle l'abattage et le commerce privé de viande de boeuf est interdit). La question est posée d'une version antérieure en créole, étant donnée l'existence d'une version créole des derniers vers (voir la note de la fin du texte).

A la juventud vengan a ver
[171] (Ils viennent voir la jeunesse)
Compositeur : Luis Garzón.

Chant de mason

son Lien audio A la juventud (Nancy Garcia Vinent & Galibata)
son Lien audio A la juventud (Cutumba)

Créole cubain

Français

(Introduction sans tambours)

A la juventud vengan a ver hombre
Vengan a ver
Que laso
[172] poy a poy[173] a de San Pedrito
Vengan a ver

(Chant accompagné)
E mamí que nos vamo'
[174]dako men mue
Mamí que nos vamo' dako men
[175] mue
Me voy para Camagüey a buscar los bueyes que estan allá
Ako mand o?

Ako mand o los bueyes de Camagüey
Ako mand o los bueyes de Camagüey
Yo voy para Camagüey a buscar los bueyes que estan allá
Ako mand o?
[176]

E nan mise la
Bua le bua le companion mue

E nan misè la
Bua le bua le companion mue
Me voy para Camagüey a buscar los bueyes que estan alla

(Introduction sans tambours)

La jeunesse ils viennent voir monsieur
Ils viennent voir
L'assaut de mes collègues de San Pedrito
[177].
Ils viennent voir

(Chant accompagné)
Eh chérie, nous allons nous mettre d'accord
Chérie, nous allons nous mettre d'accord
Je m'en vais à Camagüey chercher les boeufs qui sont là-bas
Ô j'ai ton accord?

Ô me donnes-tu ton accord pour les boeufs de Camagüey?
Ô me donnes-tu ton accord pour les boeufs de Camagüey?
Je m'en vais à Camagüey chercher les boeufs qui sont là-bas
Ô j'ai ton accord?

Eh, dans la misère
De la boire, de la boire, mon gars

Eh, dans la misère
De la boire, de la boire, mon gars
Je m'en vais à Camagüey chercher les boeufs qui sont là-bas
[178]


Travail des champs
Travail des champs. DR.

Le chant qui suit est très proche de l'un des paragraphes du précédent. La mise en regard des deux textes permet d'envisager les changements sémantiques induits par d'infimes variations de prononciation.

Coman do bueyes de Camagüey (Comment faire pour les boeufs de Camagüey?)
Compositeur : inconnu.Transmis par Berta Armiñan Linares, du Conjunto Folklorico de Oriente
Chant de mason


son Lien audio Coman do bueyes de Camagüey (Berta Armiñan Linares)
son Lien audio Coman do bueyes de Camagüey (Andrea Quiala Venet)
son Lien audio Coman do bueyes de Camagüey & tumba La Caridad

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Coman do bueyes de Camagüey
Coman do bueyes de Camagüey
Mue pa capa compañe mue
A bucar los bueyes que estan allá
Mue pa capa compañe mue
A bucar los bueyes que estan allá

E damisela
Bruale bruale compañe mue
E damisela
Bruale bruale compañe mue
Mue pa capa compañe mue
A bucar los bueyes que estan allá
Coman do

Kouman do bueyes de Camagüey
Kouman do bueyes de Camagüey
Mwen pa kapab akonpaye mwen
A buscar los bueyes que estan allá[179]
Mwen pa kapab akonpaye mwen
A buscar los bueyes que estan allá

E demwazèl a
Pou ale pou ale compañe mue
E demwazèl a
Pou ale pou ale compañe mue
Mwen pa kapab akonpaye mwen
A buscar los bueyes que estan allá
Kouman do

Comment faire pour les boeufs de Camagüey ?
Comment faire pour les boeufs de Camagüey ?
Serais-tu capable de m'accompagner
Pour aller chercher les boeufs qui sont là-bas ?
Serais-tu capable de m'accompagner
Pour aller chercher les boeufs qui sont là-bas ?

Hé ! Mademoiselle
Pour m'accompagner
Hé ! Mademoiselle
Pour m'accompagner
Serais-tu capable de m'accompagner
Pour aller chercher les boeufs qui sont là-bas ?
Comment faire ?


Les meilleures fêtes ont une fin. Le protagoniste doit s'en retourner dans son village; la route est présumée longue. Malgré tout, le moment des adieux est joyeux : les phrases courtes et les répétitions du texte laissent supposer une mélodie gaie et entraînante. Ce village isolé est aujourd'hui connu pour les manifestations culturelles de sa communauté d'origine haïtienne.

Ay Panchita yo me voy ya
Compositeur : José Batalla
.Texte écrit vers 1910
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)
Chant de yuba


Créole cubain (graphie Elisa Tamames)

Espagnol (Cuba) et créole haïtien

Français

Ay Panchita yo me voy ya
Adios Barranca
Ay Panchita yo me voy ya
Tu te vas pa Barranca
José qui yu va tuné alla de Barranca

José qui yu va tuné alla de Barranca
José qui yu va tuné alla de Barranca
Panchita qui yu va tuné alla de Barranca

Ay Barranca, banca, banca
Me voy ya
Tu te vas pa Barranca

Ay Panchita yo me voy ya
Adios Barranca
Ay Panchita yo me voy ya
Tu te vas pa Barranca
José ki jou va toune laba nan Barranca

Jose ki jou va toune laba nan Barranca
Jose ki jou va toune laba nan Barranca Panchita ki jou va toune laba nan Barranca

Ay Barranca, bann ka, bann ka
Me voy ya
Tu te vas pa Barranca

Hélas Panchita, là je m'en vais
Adieu Barranca
Hélas Panchita, là je m'en vais
Tu t'en vas vers Barranca?
José, qui à ce jour s'en retourne à Barranca!

José, qui à ce jour s'en retourne à Barranca!
José, qui à ce jour s'en retourne à Barranca!
Panchita, à ce jour, retourne à Barranca!

Hélas, Barranca, une bande de cas, bande de cas
Là je m'en vais
Tu t'en vas à Barranca?


Une situation dramatique. Le malheur, l'abandon perfide par celle qu'on croyait la plus proche.

Mue contan (Je suis content)
Compositeur : inconnu.
Chant de mason

son Lien audio Mue contan (Société La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue contan
A la mue tande
Li a verla mue contan bien
A diab!
La verla mue contan
Ay mue tande la bel a mue
Contan tiye
O oy oy oy
Que la ve contan tiye
La bela mue contan
Qui pa delivre mue
La bela mue contan
Ye di mue Bondie

Mwen kontan
A la mwen tande
Li a ver
[180] mwen kontan byen
A dyab!
La ver la mwen kontan
Ay mwen tande la bèl a mwen
Kontan tiye'm
O woy woy woy
Ke la wè kontan tiye'm
La bèl a mwen kontan
Ki l'pa delivre mwen
La bèl a mwen kontan
Yo di mwen Bondye

Je suis content
De ce que j'ai entendu
Elle est satisfaite de me voir
Ah diable!
De la voir ici je me réjouissais
Hélas je l'ai entendu, ma belle
Serait satisfaite que je sois tué
Ô houla houla houla
Que vous la verriez satisfaite que je sois tué
Ma belle est contente
Qu'ils ne m'aient pas libéré
Ma belle est satisfaite
Je vous le dis, Bondieu


Le thème du chant suivant est proche de "Patriot mwen"[181], mais sans les mentions des esprits congos. Le texte n'explique pas pourquoi le narrateur a été atrappé ni par qui. Il parle des membres d'une communauté (vodouisant, de tumba francesa, ethnique...) et leur supplie de payer, car sinon il sera assassiné[182].

P
adrino mue inocente (Ils m'ont cueilli, je suis innocent!)
Compositeur : inconnu.
Chant d'introduction à un mason

son Lien audio Padrino mue inocente (Cutumba)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Queyi padrino mue inocente
Ay dios ay dios keyi
Padrino mue inocente
Ay dios bondie mama mue
Me les lajan mua pe touye mue

Keyi yo m' padrino[183] mwen inosant
Ay dios
[184] ay dios keyi
Padrino mwen inosant
Ay dou Bondye manman mwen
Me lès lajan m'ou apè tiye mwen

Ils m'ont cueilli parrain, je suis innocent
Oh mon Dieu, oh mon Dieu, ils m'ont cueillis
Parrain, je suis innocent
Hélas sainte mère de Dieu
Mais laissez-moi l'argent, ou sinon ils me tueront[185]


Les deux textes suivant sont très proches, probablement que l'un a servi de base pour créer l'autre. Dans le premier texte, le narrateur nous fait part de son désarroi, sans en indiquer la cause. Le deuxième n'est guère plus explicite, mais apporte la précision d'une tentative de réconfort de la part d'une autre personne.

Mu vlé mué contan (J'aimerais vous voir content)
Compositeur : Pelayo Terry, société La Pompadour, Guantanamo.
Collectage : Elisa Tamames (1955. Cf. Bibliographie)

Chant de yuba

Créole cubain et espagnol (Cuba) (graphie Elisa Tamames)

Créole haïtien

Français

Mu vlé mué contan
Mue pa capa contan
Avan mua contan
Se glo soti ye

Mwen ou vle mwen kontan
Mwen pa kapab kontan
Avan mwa kontan
Se gwo soti ye

J'aimerais vous voir content
Je n'en suis pas capable
Avant de l'être
De grosses larmes sortent de mes yeux


Yo di mue contan
Compositeur : inconnu. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba
Chant de yuba